CHAPITRE XII
suppliaient d'attendre l'infanterie, je tne décidai à attaquer immédiatement.
La cavalerie se déploie et se lance à la charge avec cette impétuosité qui est le trait distinctif de notre caractère national et qui ne permit pas un instant de douter du succès.
A gauche, les spahis, entraînés par leurs braves oflSciers, attaquent le douair d'Abdel-Kader et culbutent l'infanterie régulière qui se défend avec le courage du désespoir. Sur la droite, les chasseurs traversent toutes les tentes sous une vive fusillade, renversent tout ce qu'ils rencontrent et vont arrêter la tête des fuyards, que de braves et nombreux cavaliers cherchent vainement à dégager. Ici, mon Général, ma tâche devient plus pénible. Il faudrait vous raconter mille traits de courage, mille épisodes brillants de ce combat individuel qui dura plus d'une heure. Officiers et soldats rivalisèrent et se multiplièrent pour dissiper un ennemi si supérieur en nombre. Nous n'étions que 500 hommes, il y avait 5,000 fusils dans la smalah. On ne tua que des combattants et il resta 300 cadavres sur le terrain. Quand les populations prisonnières virent nos escadrons qui avaient poursuivi au loin les cavaliers ennemis, elles demandèrent à voir leurs vainqueurs, et ne pouvaient croire que cette poignée d'hommes eût dissipé cette force immense dont le prestige moral et réel était si grand parmi les tribus.
Nous avons eu 9 hommes tués et 12 blessés, 16 chevaux tués et 12 blessés.
Vous connaissez, mon Général, le colonel Yusnf et le lieutenant-colonel Morris; vous connaissez leur brillant courage et leur intelligence militaire; mais je n'hésiterai pas à vous dire qu'ils se sont montrés en ce jour au-dessus de leur réputation.
Vers quatre heures, après une marche admirable, 30 lieues
en 36 heures, Tinfanterie arriva, fatiguée, mais en bon ordre, sans avoir laissé en arrière ni un homme ni un mulet. Grâce à quelques outres que j'avais fait remplir d'eau, on avait pu en faire une distribution le matin afin d'étancher un peu la soif des soldats. Le lieutenant-colonel a conduit sa colonne avec une énergie qu'il sut communiquer à tout le monde et qui mérite de grands éloges.
Le 17, je fis séjour. On assembla les troupeaux ; on mit le feu aux tentes et à tout le butin qu'on n'avait pu emporter.
Le lendemain, je me remis en route. Notre marche est lente et difficile; nos étapes, marquées par l'eau, sont longues. Nous ne sommes que 1,800 combattants, et il nous faut ramener nos troupeaux et garder une force disponible pour repousser une attaque que l'on doit prévoir et qui devient chaque jour plus probable, car depuis le 16 nous n'avons pas brûlé une amorce. Enfin, il faut escorter une population très considérable qui est tombée en notre pouvoir et que je conduis dans la Mitidjah où vous en pourrez disposer ; elle se compose en grande partie de la tribu des Hachem oii Abdel-Kadera reçu lejour et qu'il avait récemment enlevée de la plaine d'Ehgris ; elle vint me demander l'aman deux jours après le combat; mais on découvre, chaque jour, des personnages importants plus ou moins étrangers à cette tribu.
Je vous envoie la liste de ceux que nous avons d^à reconnus; vous y remarquerez entre autres la famille tout entière, hommes et femmes, du khalifa Sidi-Embareck ; celle de lacoubi, premier ministre d'Abdel-Kader, de Bel Azzi, son conseiller intime ; un neveu de TÉmir, la fille de Ben Aratbh, plusieurs employés de l'administration , des oflSciers et defl soldats des troupes régulières. La mère et la femme d'Abdel- Kader se sont sauvées sur un mulet avec une escorte de