CHAPITRE PREmER
tail. Il était parti la veille, se dirigeant sur le Maroc, suivant les uns, ou vers le mont Tolgoat, suivant les autres. Bugeaud fit camper ses troupes sous les murs de Tlemcen, leur donna un jour de repos, et pour ne pas diminuer les ressources en vivres de la garnison, repartit pour le camp de la Tafna.
Dans un Mémoire sur la guerre dans la province â! Oran et sur les moyens de la terminer, par le général Bugeaud (juillet 1836), le général résume ainsi les idées que lui avait suggérées cette courte campagne. Sa persistance à modifier le système de guerre prouve combien il attachait d'importance à ses innovations, qu'il devait appliquer plus tard lorsqu'il fut appelé au gouv-emement général de l'Algérie.
L'expédition de la Tafua a duré du 12 juin 1836 au 19 juillet; mais, si l'on retombait dans l'inaction, on ne retirerait que peu de fruit du succès déjà obtenu. Il faut persévérer dans le système des colonnes agissantes, parcourant le pays et combattant l'ennemi partout où il se présente, ne lui laissant ni sécurité ni repos, aucun lieu sûr pour les femmes, les enfants et les troupeaux. Maïs pour cela il faut, dans la province d'Oran, un eflfectif d'au moins quinze mille hommes. De plus, il faut que les troupes soient composées d'hommes choisis, vigoureux, de volontaires, s'il se peut ; que les oflBciers soient jeunes, gens d'avenir, point de vieux officiers supérieurs, voisins de leur retraite, point de vieux capitaines dégoûtés.
Il faut renoncer au système de transports employé jusqu'ici, et qui consiste à louer des chameaux et mulets aux tribus que l'on a sous la main. Outre qu'il est dispendieux,
il a poar inconvénient de retarder la marche , de rendre impossible le secret dans les opérations ; le convoi occupe une place immense, rien d'aussi difficile que d'y mettre de l'ordre. Au moindre danger^ ils jettent leurs charges et s'enfuient; alors les pertes sont irréparables. Si l'on fidt transporter des blessés et des malades, ils sont maltraités souvent et abandonnés par les conducteurs arabes ; enfin, il faut sacrifier à la garde des équipages une grande quantité de troupes, et la colonne s'en trouve affaiblie.
n faudrait avoir de quatre-vingts à cent mulets par mille hommes de troupes, les organiser militairement et les faire conduire par un nombre suffisant de soldats du train, lesquels, étant armés, n'auraient plus besoin que d'un très petit nombre d'hommes pour les aider à garder le convoi. Le général ne serait plus paralysé par ses subsistances, pourrait modifier son itinéraire, et, à l'occasion, poursuivre l'ennemi. H faut renoncer aux chariots et à l'artillerie roulante, pour laquelle on est obligé de créer des routes.
Les colonnes d'expédition ne doivent guère être fortes de moins de six mille hommes, dont douze cents chevaux. Il faut ne point trop multiplier les postes fortifiés, qui diminuent les ressources disponibles en hommes, sont coûteux et difficiles à ravitailler, et exposent aux surprises, où les Arabes excellent.
Voici en quels termes M*^ le duc d'Orléans (1) félicita le général Bugeaud de sa victoire :
Son Altesse Royale le duc ci' Orléans au général Bugeaud.
Le 8 Tuileries, 8 août 1886.
J'ai trop vivement joui, mon cher général, du brillant
(1) Mît»- le duc d'Orléans (Ferdinand-PhUippe), né en 1810, mort en 1842, fil»