CHAPITRE PREMIER
succès que vous venez de remporter, pour ne pas m'empresser de joindre mes félicitations aux témoignages que vous recevez de l'approbation du Roi et de la satisfaction générale. A la joie que me feront toujours éprouver les victoires des armées françaises, se joint encore, dans cette circonstance, le souvenir que j'ai rapporté de la province d'Oran, que j'ai parcourue avec une partie des troupes que vous commandez. Je connais la plupart des militaires dont les noms figurent avec éloge dans votre rapport, et je vous demande, mon cher général, d'être mon interprète auprès d'eux. Veuillez leur dire que je regrette amèrement de ne point m'être trouvé au milieu d'eux pendant cette campagne; mais que je serais, s'il est nécessaire, heureux de m'employer ici à leur faire accorder les justes demandes que vous avez adressées au ministre en leur faveur.
Adieu, mon cher général, je sais que nous nous reverrons bientôt, et, d'ici là, je vous renouvelle l'assurance de tous les sentiments avec lesquels je suis votre affectionné,
Ferdinand-Philippe d'Orléans.
Après cette lettre, nous croyons intéressant de
aî né du roi Louis-Philippe, avait fait ses premières armes en Belgique, au siège d'Anvers, avant d'apprendre la grande guerre en Afrique. Il y arriva en 1835 , au moment où Abdel-Kader venait de triompher à la Macta, pour commander l'expédition contre Mascara qu'il parvint à occuper, après avoir été blessé au combat de l'Habrah. Le Roi, en 1837, l'envoya en Prusse, & Vienne, en Italie, et c'est en 1839 qu'il revint en Afrique, sous le maréchal Valée. A peine arrivé, il reçut le commandement d'une des deux divisions chargées de forcer les Portesde-Fer, et franchit ce défilé malgré les rochers, les torrents et les efforts du khalifa Ben Salem. Peu après, à la tête de ses troupes, il pénétrait dans la Maison- Carrée. — L'année suivante, l'armée le réclama pour chef de l'expédition dirigée contre l'ancienne province arabe de Titery, à la suite de l'héroïque résistance de Mazagran. C'est dans cette campagne que le duc d'Orléans franchit le col de Mouzaïa, défendu par Abdel-Eader en personne, enleva Medeah, Milianah et assura ainsi la possession de la rive droite du Chélif central. Tels étaient aloxB les loisirs de nos princes ! (Voir chapitre III.)
50 LE MAKÉCHAL BUGEAUD.
reproduire un passage emprunté à un livre même du prince, les Campagnes de F armée (T Afrique (1835- 1839). Dans ce remarquable ouvrage, pieux monument que les descendants de M^ le duc d'Orléans ont élevé à la mémoire de leur père, le fils aîné du roi Louis-Philippe se révèle comme un écrivain de haute lignée, un grand penseur et un vrai soldât.
Le combat de la Sickack n'était pas seulement le plus brillant succès obtenu en rase campagne, c'était la victoire la plus légitimement remportée; car c'était celle & laquelle le hasard avait eu la moindre part, et pour laquelle le général avait le plus fait, par des combinaisons bien adaptées aux qualités de ses soldats et aux défauts de ses ennemis.
L'Émir avait perdu son infanterie régulière : 700 fusils, 6 drapeaux et 130 prisonniers, souillés désormais par le contact des chrétiens, et plus regrettables ainsi que les 1,200 musulmans tués les armes à la main dans la guerre sainte.
Cette vigoureuse affaire n'avait coûté aux Français que 32 tués et 70 blessés. C'était un grand échec pour Abdel- Kader, mais il venait deux ans trop tard. La puissance de l'Émir avait déjà assez de racines pour résister à une tempête passagère...
L'armée arabe était dissoute, mais le peuple demeurait entier dans ce qui faisait sa force, dans son union, son moral, son insaisissabilité.
Il eût fallu le conquérir ; le général Bugeaud n'en avait ui le moyen, ni la volonté, ni l'ordre. N'ayant plus aucun plan à exécuter, il essaya de rendre moins lourde la chaîne