CHAPITRE XII
quelques cavaliers que nos chevaux épuisés n'ont pu joindre.
L'heureuse issue de cette opération, dont les Arabes croyaient le Succès impossible, a déjà fait une grande sensation. Déjà, Djeddid, des Ouled-Chaïb, Djeboul-den-Ferath et Ben Aouda-el-Moktari, qui tous trois étaient dans le camp de l'Emir, et qui sont, comme vous le savez, les chefs des plus grandes familles du pays, au sud de Thaza et Boghar jusqu'au Beni-Massar, m'ont envoyé leurs parents et fait demander l'aman en protestant de leur soumission.
Je vous envoie la lettre de Djeddid dont la forme est intéressante.
Après demain, nous serons à Boghar, et si je ne reçois pas de nouveaux ordres, notre petite colonne mènera sa prise dans la Mitidjah, où j'aurai l'honneur de vous remettre les drapeaux et les trophées enlevés par nos braves soldats.
Veuillez agréer...
Le maréchal de camp, commandant la province de Titery,
Henri d'Orléans.
Il nous paraît intéressant de détacher des notes tenues par M. le général Daumas pendant sa mission auprès d' Abdel-Kader interné à Toulon, le récit de cet événement, émané de l'Emir lui-même. On y verra la description de la smalah^ ce mot qui n'a point d'équivalent en français, mais qui pourrait être ainsi défini : réunion considérable d'individus avec l'idée de locomotion, Yagmen des Latins :
Quand ma smalah a été attaquée par le duc d'Aumale, je n'évalue pas à moins de 60,000 âmes la population qu'elle renfermait ; il n'en a pas été enlevé la dixième partie.
J'avais avec moi les tribus entièrement organisées des Hachem, des Beni-Median, des Oulad-Cherif, des Onlad-el- Akrend, des Beni-Lent, etc., etc., etc.^ et de plus, des fractions d'à peu près tontes les tribus qui s'étaient soumises à vous. Ces fractions étaient composées de marabouts, de tholbas (chefs) enfin, qui n'avaient pas voulu vivre sous vos lois. Ils m'étaient très utiles, parce qu'ayant tous eu de l'influence dans leur pays, ils y avaient conservé des relations et me tenaient informés de vos mouvements.
Ce monde s'étendait depuis Taguin jusqu'au Djebel- Amour. Quand un Arabe y avait perdu sa famille, il lui fallait quelquefois deux jours pour la retrouver, et si un troupeau de gazelles venait à se lever sur son passage, il était tué sans qu'il fUt besoin de tirer un coup de fusil, et cela, rien qu'avec les bâtons des hommes du peuple. Là où nous campions, nous mettions à sec les ruisseaux, les puits, les mares. Aussi, avais-je établi avec soin un service pour reconnaître les eaux et empêcher les troupeaux de les salir ou de les gaspiller. Malgré ces précautions, il est mort beaucoup de monde par la soif.
Ma smalah renfermait des armuriers, des selliers, des tailleurs, tous les ouvriers nécessaires à notre organisation. Il s'y tenait un immense marché fréquenté par les Arabes de la lisière du Tell. Quant aux grains, ou ils nous étaient apportés, ou nous allions nous en approvisionner dans les tribus du Nord.
L'ordre de campement des tribus était parfaitement réglé. Quand j'avais dressé ma tente, chacun connaissait l'emplacement qu'il devait occuper. Autour de moi, de ma fitmille, de mon petit trésor, j'avais toujours 300 ou 400 fantassins réguliers, mes khialas^ et puis les Hachem d'Ehgris qui m'étaient dévoués plus que les autres. Tu vois par là