CHAPITRE XII
qu'il n'eût pas été facile d'arriver jusqu'à moi, non pas que je prisse ces précautions par un sentiment de cruauté, mais je sentais que j'étais nécessaire pour accomplir l'œuvre de Dieu, car j'étais le bras qui portait son drapeau. Au lieu de se garder dans les environs de la smalah, j'avais donné aux miens la bonne habitude d'aller vous garder chez vous. Je me trouvais, moi, du côté de Tackdempt, observant la division d'Oran qui était dans le voisinage et que je croyais avoir le plus à redouter. J'avais avec moi 15 ou 1,600 cavaliers; mais je n'avais pas cru avoir à me méfier du côté de Medeah, et aucun de mes khalifas ne surveillait le fils du Roi.
Malgré cela, nous n'eussions pas été surpris si Dieu n'avait pas aveuglé les miens. Mais en voyant arriver vos spahis avec le\irs burnous rouges, on crut dans la smalah que c'étaient mes khialas qui rentraient avec moi. Les femmes poussaient des cris de joie en notre honneur; elles ne furent désabusées que lorsque les premiers coups de fusil partirent. Ce fut alors une confusion inexprimable qui annihila les efforts de ceux qui voulaient se défendre.
Si je m'étais trouvé là, nous aurions combattu pour nos femmes, pour nos enfants. Et vous eussiez vu sans doute un grand jour. Mais Dieu ne Ta pas voulu; je n'ai connu ce malheur que trois jours après. Il était trop tard !
Quelques fuyards ayant api)ris au général Lamoricière reiilèveineht de la smalah, le général se porta dans la direction qui lui était indiquée comme étant. celle que devaient suivre les débris de la sinalah, et il rejoignit les fugitifs pensant qu'Abdel-Kader était au milieu d'eux.
Cette population de 2,500 âmes, dénuée de tout et
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mourant de faim , implora la générosité du vainqueur. Lamoricière eut pitié de ces malheureux ; il les fit reconduire dans la plaine d'Ehgris et pourvut à tous leurs besoins. La prise de la smalah coûta la mort du plus ancien et du plus fidèle de nos auxiliaires : c'est en retournant à Oran que Mustapha-ben-Ismaël , chef des Douairs et des Smèlas, tomba dans une embuscade et fut assassiné.
Après la capture de la smalah, plusieurs tribus vinrent se soumettre au fils du roi de France. Voici la lettre de soumission de l'un des chefs les plus importants; nous la donnons comme spécimen des actes de ce genre, et pour montrer jusqu'à quel point l'Emir exerçait la terreur parmi les populations arabes.
Tellisde Djeddidj chef des Ouled'Chdil,au duc d'Aumale.
A rExcellence que Dieu a préposée au gouvernement des peuples, et dont il a étendu l'autorité sur les nations.
A Son Altesse le fils du Eoi de France. Que le salut, la miséricorde et la bénédiction de Dieu soient sur toi.
Tu n'ignores pas que nous sommes des Arabes et que nous servions celui qui en était le Sultan antérieurement. Tu sais aussi que la crainte seule nous avait forcés à nous soumettre à lui, car nous étions exposés à ses coups, et il pouvait nous traiter comme il a traité les tribus qui ont demandé la paix et se sont soumises.
Mais puisque Dieu t'a donné le pouvoir, nous devenons tes serviteurs et les serviteurs du Grouvernement français. Je t'envoie le fils de mon frère que je regarde comme un