CHAPITRE XII
nombreux et grands personnages de tout sexe, que vous traînerez à votre suite. Quel que soit le désir que j'aie d'aller moi-même vous complimenter, je crois devoir m'en abstenir. H vaut mieux poursuivre le cours de nos travaux et tirer tout le parti possible du grand effet moral que produisent votre belle affaire, celle du général Changarnier et ce que nous avons fait dans le Dahra.
Vous sentirez vous-même que, chacun de notre côté, nous n'avons pas une minute à perdre pour compléter notre ouvrage autant qu'il peut l'être. Les chaleurs arrivent à grands pas, profitons du beau temps qui nous reste.
Il vous appartient de disposer de vos prisonniers ; vous connaissez mieux que moi l'importance de chacun, et vous jugerez de ceux qui doivent être envoyés en France, ou gardés à Alger pour nous en servir dans la politique.
Si vous n'allez pas à Alger, indiquez vos vues à M. le général de Bar, d'une manière bien circonstanciée, et, dans tous les cas, ne tardez pas à mettre vos troupes et vos services à la disposition de M. le général Changarnier, pour l'aider à réduire l'Ouarensènis, et toutes les tribus du sud de ces montagnes.
Ce qui me parait le plus judicieux, serait, une fois que vous atteindrez la vallée du Chélif, d'envoyer vos trophées à Alger par une partie de votre infanterie, et quelques cavaliers, et avec la cavalerie et le reste de votre infanterie (si vous en aviez de reste) vous porter au Teniet-el-Had, unir vos forces à celles disponibles du colonel Korte, et recommencer la campagne dans le sud de l'Ouarensènis. 11 est bien entendu que votre cavalerie prendrait deux ou trois jours de repos sous Milianah. Le général Changarnier doit y rentrer le 30 ; vous concerteriez avec lui vos mouvements ultérieurs. Nous sommes à la crise décisive ; profitons des dons
428 LE MARIÉCHAL BUGBAUD.
de la fortune, car elle n'est fidèle qu'à ceux qui lui font la cour sans relâche.
Au mois de juillet, vous reviendrez à Alger, et l'accueil que vous y recevrez sera plus flatteur encore qu'aujourd'hui.
A moins de nouvelles qui fassent changer mes déterminations, je compte m'occuper incessamment d'expulser Berkani de l'agalik de Zatima, après quoi je porterai mes efforts sur le centre de l'Ouarensènis, si cela est nécessaire. J'espère n'avoir point à m'occuper de l'ouest de cette chaîne, car on dit que Sidi-Mohammed-bel-Hadj , délivré par la catastrophe de la smalah, est rentré chez les Beni-Ouragh où il été reçu à bras ouverts, ce qui amènerait leur soumission sans coup férir.
Je suis bien curieux de détails plus circonstanciés sur les prises que vous avez faites, en nombre de personnes, en chevaux, bestiaux, armes, butin, etc. La liste des personnes importantes e8tdéjàconsidérable,'vous en découvrirez d'autres dans la masse; cela influera beaucoup sur la conduite de plusieurs personnages attachés à Abdel-Kader.
Le général Bedeau a obtenu de jolis succès chez les Djaffras ; il a surpris, de jour, un bivouac de cavalerie dans lequel il a tué ou pris plusieurs personnages importants ; au nombre des prisonniers se trouve le nouveau khaliia de cette contrée, Zestoun-bou-Chareb.
Le 16, le général Gentil a fait une assez forte razzia sur les Flittas insoumis; mais 51 chasseurs sous les ordres du capitaine Daumas, s'étant aventurés trop loin, ont été enveloppés par 300 ou 400 réguliers et de nombreux cavaliers des tribus ; ils ont été obligés de se retirer au marabout de Sidi-Rached, de mettre pied à terre, et de se défendre comme fantassins. Le capitaine Favas, à la tète d'un fSûble escadron, a traversé l'ennemi pour venir secourir nos braves, mais