CHAPITRE XII
il a été bientôt contraint lui-même de se défendre de la même manière. Tous auraient succombé sans l'arrivée d'un bataillon du 32° qui les a délivrés. La défense a été héroïque; mais nos pertes ont été sensibles ; nous avons perdu 14 chasseurs et en tout 22 hommes et 37 chevaux ; nous avons eu 30 blessés. Les prises faites dans la razzia ont été ramenées à Sidi-bel-Abbès sans autre accident. Dans cette circonstance critique, les détachements du 2® chasseurs se sont couverts de gloire; sur 7 officiers, 6 ont été blessés.
Adieu, mon Prince ; la campagne me paraîtra longue, car je suis tourmenté du désir de vous voir et de vous dire combien je suis content de vous.
Agréez, en attendant, l'assurance de mon respectueux et entier dévouement.
Le gouverneur général de l'Algérie,
BUGEAUD
La lettre suivante, écrite par le général Bugeaud le 15 juillet, à son retour à Alger, témoigne de préoccupations intéressantes. Renonçant à aller en France où l'appelait le mariage d'une de ses filles, le gouverneur parle, encore une fois; de son retour définitif. Il ne veut point cependant abandonner la partie avant d'avoir mis « l'œuvre en état ».
Le Gouverneur général à M^ Biigeaud, à la Durantie.
Alger, le 15 juillet 1843.
Chère amie, je suis arrivé bien portant, cette nuit, à Alger, après une campagne des plus heureuses que je n'ai pas le temps de te raconter. J'ai trouvé à Orléansville tes lettres
de Toulouse (24 jnin) et de Caetera (1^ juillet). Je crois voir, par un passage, qu'une lettre antérieure court après moi avec plusieurs autres chez les Beni-Ouragh.
Le départ du prince, une lettre qu'il m'a écrite, une antre que je reçois de Paris, me font assez voir que le Gouvernement ne désire pas m'accorder un congé au milieu des circonstances décisives où nous nous trouvons. J'ajoute que l'armée et la population expriment le même désir, et je sens moi-même que j'expose mon ouvrage en le quittant en ce moment. Il faut donc, chère amie, en prendre bravement ton parti et te décider, si le mariage de notre fille doit avoir lieu sans moi.
Après tout, si vous voulez absolument que je sois présent au mariage, à vous de me donner rendez-vous & Alger dans la dernière quinzaine de septembre. Ou bien, j'irai moi-même en Périgord, car on m'a dit qu'un peu plus tard, on m'accordera le congé que je voudrai. Je suis d'ailleurs bien décidé, je te le jure, à demander mon rappel définitif, si d'ici à un mois, je ne suis pas maréchal de France, mais tout doit faire croire que je le serai. Dans ce cas pourquoi ne viendriez- vous pas passer l'hiver avec moi, puisque le climat convient à Léonie ? Oe sera le dernier que vous passerez en Afrique. Je vous laisse à cet égard votre libre arbitre. Si vous ne venez pas, j'irai près de vous, je vous le juré ; mais laissez-moi achever de décider cette grave entreprise, je ne dis pas la finir, mais de la mettre dans un état tel qu'elle ne puisse reculer et qu'il n'y ait plus qu'à perfectionner l'œuvre... Adieu, chères âmes ; je n'ai plus que le temps de vous embrasser.
BUGEAUD
Un ordre à Tarmée signé du général de Bar, en date