‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 208 sur 294 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

nécessité des razzias. En voici quelques passages ou Ton retrouve la substance de plus d'une proclamation et d'un arrêté. La razzia fait horreur au touriste qui interpelle ainsi un charmant officier que lui fait rencontrer le hasard du voyage :

Le touriste, — Ne pensez-vous pas qu'on eût échappé à cette cruelle nécessité de la guerre, si, occupant d'abord une certaine zone, on eût dit aux Arabes : Nous prenons possession définitive de ce terrain, vous devez nous en laisser paisible jouissance et nous savoir gré de notre modération. Vous ne tarderez pas à comprendre la puissance de notre organisation, la douceur de nos mœurs, l'excellence de nos lois, les bienfaits de notre civilisation, etc., etc.?

L'officier. — Pensez-vous donc que les Arabes se seraient contentés de cette déclaration? Mais elle a été faite. Le traité de la Tafna n'était pas autre chose. Il était si modéré, que toute la presse le blâma, et qu'un éloquent député fit à notre négociateur le reproche d'avoir abandonné à l'Émir 14,000 lieues de terrain. Cette trêve a duré deux ans et demi. Les Arabes sont venus dans nos villes ; ils ont fréquenté nos marchés ; ils ont approvisionné notre armée ; ils ont échangé leurs produits. Ils ont pu apprécier notre organisation, douceur de mœurs, civilisation, etc., etc. En ont-ils été séduits? Cela les a-t-il empêchés, en novembre 1839, d'envahir la plaine, de nous attaquer partout, et de couper en un seul jour 250 têtes de nos soldats et de nos colons? Cela s'appelle-t-il la guerre oui ou non, et quand les Arabes procédaient de cette façon, ne fallait-il pas leur répondre à coups de fusil?

La guerre, commencée malgré nous, a duré sans interruption jusqu'à ces derniers jours. L'Emir a été vaincu par-

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tout; il a été enfin chassé de ses États... la sécurité est plos grande à 50 lieues autour d'Alger que dans les faubourgs de Paris.

Le touriste. — La guerre était indispensable, je le vois ; mais ne pouvait-on obtenir les mêmes résultats sans employer ces barbares razzias qui sont condamnées par tous les philanthropes et toutes les âmes sensibles en France?

L'officier. — Les philanthropes et les âmes sensibles (sans les confondre) sont également dans Terreur. Qu'estce que la guerre en Europe et partout? N'est-ce que la destruction des armées belligérantes? Non, c'est aussi une attaque aux intérêts des peuples. Que fait-on^ après avoir vaincu sur les champs de bataille? On s'empare des grandes villes, des centres de population et de commerce, de la navigation des fleuves et des grandes routes ; à la première guerre j on s'emparera des chemins de fer.

C'est en mettant la main sur tous ces grands intérêts que l'on fait capituler les nations et qu'on fait la guerre. Avions-nous des intérêts semblables à saisir en Afrique ? Les villes fort clairsemées ne sont que de misérables bourgades dont les habitants sont étrangers au peuple arabe qui les méprise; point de routes, point de navigation, point de capitale, point de centre enfin...

L'intérêt agricole que l'on néglige en Europe est le seul, vraiment, que l'on puisse blesser en Afrique ; il y est plus difficile à saisir que partout ailleurs ; car on ne trouve chez les Arabes du moins ni villages ni fermes. Ce peuple vit sous la tente et toutes ses richesses mobilières peuvent être transportées par les bétes de somme dont il dispose... Dès que nos colonnes se mettaient en mouvement, le vide s'o- $)érait devant nous : les villages se chargeaient sur les chameaux, les mulets y les bœufs et fuyaient avec les femmes

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