‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 217 sur 294 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Tex-khalifa de Milianah fût portée dans cette ville pour y être exposée pendant trois jours aux regards de ses anciens sujets. Après quoi le corps fut remis à notre khalifa Sid-Ali-Ould-Sidi-Embarek, son plus proche parent, qui le fit porter à Coleah dans la sépulture de famille.

Le maréchal ordonna que cette cérémonie eût lieu avec toute la solennité due à la grandeur du personnage et voulut, pour rendre hommage au courage de Tennemi vaincu, que les honneurs militaires lui fussent décernés comme à un officier supérieur français. — Ainsi, le maréchal Bugeaud, qui connaissait bien les Arabes de cette époque, parlait doublement à leur imagination, en exposant d'abord à leurs yeux la tête de leur ancien chef, et en honorant, ensuite, sa mémoire par des obsèques dignes d'un héros.

Bien qu'il se fût rendu, de sa personne, deux fois dans l'Ouest, pendant l'automne de 1843, et tout en ayant peut-être contribué à ce succès par l'émulation que sa présence donnait à ses généraux, le maréchal n'avait point assisté à cette glorieuse affaire. Mais, tout sentiment de jalousie lui était inconnu; aussi fut-il le premier à faire ressortir les résultats du succès obtenu par son lieutenant.

Dans un discours prononcé le 25 novembre 1843 à Alger, à l'occasion d'un banquet offert au duc d'Aumale , le maréchal dit notamment :

Après la campagne du printemps, j'aurais pu proclamer que l'Algérie était domptée et soumise ; j'ai préféré rester

an-dessous de la vérité. Mais anjourd'hui, après le beau combat da 11 de ce mois qui a détroit les restes de rinfanterie de TÉmir et fait tomber son premier lieutenant, je vous dis hardiment que toute guerre sérieuse est finie. Abdel-Kader pourra bien encore, avec la poignée de cavaliers qui lui restent, exécuter quelques coups de main sur les Arabes soumis de la frontière, mais il ne peut rien tenter d'important. Et comment pourrait-il reconstituer une petite armée? Il a perdu partout l'impôt et le recrutement; le pays est organisé par nous et pour nous ; partout on nous ime les contributions ; on obéit à nos ordres.

Toutefois rÉmir, dont Tâme était fortement trempée, ne se laissa point abattre par le coup qui venait de terrasser son premier lieutenant et détruire son infanterie presque tout entière. Deux jours après la catastrophe de rOued-Malah {Bivière 8aUe\ il était venu sur le champ de bataille jonché des cadavres de ses soldats, et leur avait fait rendre les derniers honneurs. De là, il se dirigea vers sa deira^ située à l'extrémité ouest du Chott-el-6arbi {Marais de V Ouest) ^ à un lieu nommé Gredir, à plus de quarante lieues sud-ouest de Tlemcen, sur le territoire vague de tribus qui ne sont ni marocaines ni algériennes.

Une des tribus frontières, les HamianaSi était alors en guerre avec le Maroc. Abdel-Kader les razza, à la tête de cavaliers des tribus voisines ; il envoya cin- (juante prisonniers enchaînés à Ouchda, coname sujets révoltés. Sans doute voulait-il flatter ainsi les autorités (l'un empire dont il allait désormais rechercher l'appui.

C'est sur cette ligne seule de l'extrême frontière

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que les manœuvres de rÉmir tinrent nos troupes en alerte pendant l'hiver. De ce point jusqu'aux frontières de Tunis (sauf le pâté montagneux du Jurjura) tout le territoire reconnaissait notre autorité.

1 iTest souvent mention, dans le journal officiel d'Alger, de la situation précaire d'Abdel-Kader, à la fin de 1843. On lit notamment dans le numéro du 20 octobre 1843 ce passage significatif :

La guerre que l'Émir fidt aujourd'hui est celle d'un partisan. H évite, autant qu'il peut, d'avoir affaire à nos colonnes : il épie les lacunes que nous sommes forcés de laisser sur la longue ligne de protection pour se jeter à l'improviste sur une tribu et lui enlever quelques troupeaux et quelques femmes. En un mot, il attaque, il ruine quelque fraction de ses anciens sujets, mais il ne fait aucune tentative directe contre nos troupes. Tout fait présumer qu'il lui est à peu près impossible aujourd'hui de sortir du petit canton dans lequel il a été refoulé, parce que ses troupes sont trop fatiguées, trop dépourvues de tout pour entreprendre un grand déplacement. D'autre part, il ne peut pas s'éloigner trop de sa smalah, qu'il doit protéger et nourrir; elle est encore très nombreuse, dit-on. Elle s'est retirée chez les Ouled-Sidi-Cheikh, au S.-O. de Tlemcen, et s'y croit à l'abri de nos atteintes.

Et dans celui du 15 février 1844 :

Les nouvelles qui nous sont parvenues de la smalah rapportent qu'elle est toujours à Kesdir, à l'occident du Ghottel-Garbi, à dix-huit ou vingt lieues au sud d'Ouchda... Il n^y a plus à la de ira d'infanterie ; trois cents &ntas8ins

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et cent trente cavaliers se trouvent réunis sur un point du Maroc nommé Beni-Jala.

Abdel-Kader, qui ne peut cacher sa détresse, dit hautement qu'il ne compte plus que sur deux choses : Tappai de Muley-Abder-Rahman, ou la paix que cet empereur lui fera faire avec la France.

La situation de rÉmir est décrite en termes analogues dans les lettres du maréchal à ses lieutenants :

^ Le Gouverneur général à S. A. R, k duc dCAumale.

Alger, 21 janvier 1844.

... Abdel-Kader est dans une petite chaîne de montagnes à trois journées sud-ouest de Tlemcen . Il a quatre ou cinq cents cavaliers ou fantassins valides ou non ; mais il peut réunir chez les tribus qui lui restent fidèles , sur cette extrême frontière, cinq ou six cents cavaliers pour faire une razzia. Sa deira est à quarante lieues plus loin dans la même direction, mais sur un terrain à peu près neutre, quoique vis-à-vis du Maroc. L'Émir a envoyé près de l'empereur Muley-Abder-Bahman une ambassade composée de Berkani, Miloud'-ben-Arach et Tefanchi. H fait courir le bruit que l'Empereur l'envoie en France avec une lettre par laquelle il demande au Roi de faire la paix avec son khalifa Hadj-Abdel-Kader. Il paraît que celui-ci a fait hommage à l'Empereur et s'est mis entièrement sons sa protection. Il écrit partout qu'il obtiendra la paix d'une année pour reprendre ses États. Ces bruits ont semé quelque inquiétude sur la frontière, et les Ouled-Ourièch, qui Iiabitent à huit lieues au sud de Tlemcen, ont déserté...

Depuis deux mois, Abdel-Kader n'a pas iait de mou«

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