CHAPITRE XIII
vements militaires ; mais il n'est pas resté inactif en diplomatie et en intrigues. H sollicite avec ardeur des secours du Maroc, et je crois qu'il en a reçu d'occultes. Il écrit dans toute l'Algérie pour fomenter l'insurrection et compromettre nos chefs arabes. Il est impossible d'avoir plus I d'yîtivité et de persévérance que n'en a cet homme-là...
Le maréchal tenta de profiter de cette détresse. Il avait près de lui, comme on sait, Finterprète Roches, qui connaissait à fond les musulmans en général , et Témir Abdel-Kader en particulier, puisqu'il avait vécu à ses côtés pendant deux ans, à Mascara, après le traité de la Tafna. M. Roches fut donc chargé de sonder Abdel-Kader en lui offrant de se retirer en terre sainte, à la Mecque, avec des honneurs, et une large pension servie par la France. Rapprochement bizarre! Cette proposition, faite en 1843, n'était autre que la solution réalisée en 1852 par la retraite de l'Emir à Damas.
Une correspondance secrète que nous reproduisons ici fut alors échangée. On remarquera la dignité des réponses de l'Emir, qui, malgré sa situation presque désespérée, réclame, en quelque sorte, l'exécution ou le renouvellement du traité de la Tafna :
ùmar^ Jils de Roches, à Vémir AbdelrKader.
J'ai reçu la lettre qui m'a été apportée par Kaddour ; tu m'y annonces que tu as déjà répondu à celle que je t'avais écrite de Tlemcen et que je t'avais envoyée par le nègre de El-Kharroubi. Je n'ai aucune nouvelle de cette missive et j'ensuis fâché. Cependant j'ai compris, d'après tes dernières
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paroles, que ton esprit n'était pas encore éclairé sur les faits qui s'accomplissent chaque jour et que tu nourrissais encore des espérances qui reposent sur des bases sans la moindre solidité. Quoique Dieu soit tout-puissant, avonsnous jamais vu qu'il ait b&ti un palais sur les nuages?
La fatalité est admissible pour les fidts accomplis, car alors elle devient de la résignation ; mais pour les fSeûts à venir, c'est de l'ignorance et presque de l'impiété, car Dieu nous a donné la raison et le libre arbitre pour nous conduire, et diriger les créatures qu'il a mises sous nos ordres.
Si tu comprends bien ce que te racontera Eaddour, cela suffira pour te donner une idée de la puissance et des desseins de la France dans ce pays. Les Turcs, qui avaient fondé leur domination sur l'injustice et les rapines, sont pourtant restés en ce pays trois cent soixante années, et il n'est resté de leur domination que le souvenir de leur luxe, de leurs cruautés et de leur faiblesse. Combien ne durera pas notre domination à nous qui sommes justes, qui sommes forts et qui, depuis treize ans de guerre et d'agitations, avons déjà couvert le pays de monuments qui attestent notre stabilité et notre puissance!
Dieu a ses desseins sur chaque peuple ; il punit les uns par les autres et donne leur pays à qui il lui plaît. L'Afrique a appartenu bien des siècles à nos ancêtres. Les Turcs les eu ont chassés. Dieu nous y ramène, mais ces successions surviennent à de longs intervalles. Respectons donc les décrets de la Providence.
Arrivons à l'objet de la lettre.
Tu me dis que tu accepteras toute proposition qui ne sera pas contraire à la religion; j'ai trop haute opinion de ton esprit pour supposer que par ces paroles tu veuilles