CHAPITRE XIII
parler d'nn traité oa d'ane paix quelconqae; il faudrait nous supposer atteints de folie.
Tu as voulu me dire que tu ne refuserais pas un arrangement qui; en mettant fin à cette lutte d'une manière hono* rable pour toi et pour les tiens, ne serait pas incompatible avec ta loi et ta religion.
Eh bien, le maréchal, dans sa magnanimité, a bien voulu prendre en considération les prières que je lui ai adressées pour accorder à son ennemi vaincu une retraite honorable. Voilà ce qu'il consent & faire, après avoir préalablement pris l'assentiment du sultan de France.
Si rien n'est plus désirable pour tout bon musulman que la possibilité de faire le pèlerinage de la Mecque, que doitil en être du bonheur de demeurer dans le pays où Dieu a fait naître Mohammed, et de visiter chaque jour le temple du Seigneur et le tombeau de son prophète? C'est dans ce pays que le roi de France te permettrait de £e retirer, toi, ta &mille et tous ceux de tes guerriers que tu choisirais jusqu'au nombre de cent. Ceux de ton armée qui ne t'accompagneraient pas obtiendraient Vaman et se retireraient dans leurs tribus respectives. Chaque année, tu recevrais de son consul une somme qui suffirait royalement à tous tes besoins, à tous les leurs, et qui te mettrait à même de faire du bien et des aumônes aux malheureux de ta religion.
Un bateau à vapeur serait mis à ta disposition dans le port du Maroc que tu désignerais et il te transporterait à Alexandrie, puis, de là, Méhémet-Ali te ferait arriver jusqu'à la Mecque.
Quoique notre aman soit sacré et que tu ne doutes pas de notre bonne foi, nous remettrions entre les mains de qui tu nous désignerais, les otages que tu choisirais. Je serais heureux d'en faire moi-même partie. Ils resteraient pour garan-
tie de la parole du roi de France jusqu'à ce que tu fasses arrivé à la Mecque et que tu eusses obtenu du sultan Cherif et du sultan de Stamboul l'assurance de ta sûreté.
Je crois que jamais l'histoire des peuples ne nous a donné l'exemple de plus de générosité de la part d'un ennemi vainqueur ; et jamais ennemi vaincu n'a trouvé de fin plus glorieuse.
Car, après avoir fait la guerre sainte, après avoir résisté au delà du temps voulu par la loi, tu irais achever ta vie dans les lieux les plus saints de l'islamisme et tu terminerais une lutte désespérée qui n'aura d'autre but que la désolation des tribus qui te donneront refuge.
Le maréchal n'est inspiré, dans cette démarche, que par l'intérêt qu'un guerrier généreux porte toujours à son ennemi. Il voit avec chagrin qu'après avoir combattu comme un prince doit le faire pour sa religion et pour sa patrie, tu sois redescendu au rôle abject de chef de brigands qui coupe les routes et qui, pour vivre et faire vivre les brigands qui l'accompagnent , tombe sur des tribus faibles et innocentes et ôte à de pauvres créatures les biens et l'existence que leur avait donnés le Seigneur.
Eésumons-nous ; tu as deux routes devant toi, Tune droite et semée de sable te conduit au but de ta carrière en faisant bénir ton nom par les musulmans et en te faisant glorifier par les chrétiens. L'autre, tortueuse et semée d*écueils, qui te conduira à une mort ignorée et qui fera abhorrer ta mémoire par les musulmans dont ta auras occasionné la ruine, et par les Français dont tu n'auras pas apprécié la générosité.
Eéponds-moi catégoriquement : oui ou non. Car le maréchal ne peut permettre plus longtemps des relations qui