CHAPITRE XIII
sur la situation des choses. Aujourd'hui tu vas savoir la vérité de celui qui a versé pour toi son sang à Aïn-Madhi, de celui qui a parlé pour tes intérêts à Boukorchefa, de celui qui, pour toi, avait abandonné sa famille.
Les Français, autrefois indécis, sont tous tombés d'accord sur la question de l'Algérie. Le Roi, la Chambre, les ministres, la nation, tous veulent garder notre conquête. Non seulement ils ne veulent pas diminuer l'armée, mais encore ils veulent l'augmenter pour réprimer la moindre révolte et pour couvrir le pays de routes, de ponts, de villes et de forteresses. Un signe plus évident encore, c'est que le Roi a envoyé son fils à Constantine pour son éducation et pour le faire ensuite sultan de son royaume d'Alger.
Au temps des incertitudes, au temps de notre inexpérience, tu étais maître de tout le pays. Six mille Réguliers et deux mille khielas recevaient leur solde de ton trésor et les Français t'ont vaincu et tu n'a pas pu t'emparer d'un seul de nos blokhaus , et maintenant que le pays obéit à la France, que tous les goums sont à la France et que tu n'as plus un Régulier, tu voudrais continuer cette lutte I
Oh non! tu as trop de raison, et tu sais trop bien que Dieu a dit : <r La guerre sainte devient impie si elle est faite sans l'espoir fondé de la victoire. »
Tu n'as plus qu'une voie de salut pour toi et pour ceux qui sont attachés à ton sort. La voici :
Viens auprès du maréchal ; remets-toi à sa discrétion et à sa générosité; nulle part tu ne trouveras semblable accueil et pareille considération; tu seras traité en noble ennemi et en prince réfugié. Mais tu le sais toi-même, les Français sont aussi nobles et généreux qu'ils sont terribles dans les combats. N'aie pas honte de cette démarche; l'histoire musulmane nous fournit l'exemple de plus d'un
466 LE MARÉCHAL BUOEAUD.
Émir auxquels Dieu avait refusé la victoire, et qui sont venus demander l'aman aux princes chrétiens qui les avaient vaincus. Accepte les décrets du Très Haut. Résister encore serait une révolte aux volontés du Seigneur, et les malheurs que tu auras attirés sur les musulmans que tn auras égarés, ce Dieu t'en demandera un compte terrible.
Voilà ce que j'avais & te dire ; la reconnaissance m'en faisait un devoir. Si tu ne suis pas mon conseil, tu n'auras qu'à t'en repentir ; car, irais-tu dans les profondeurs du désert, la France saura t'y atteindre. Quant au Maroc, je n'ai pas besoin de te dire l'amitié qui unit les deux nations*
Que l'intelligent comprenne. Adieu.
Signé : Omar-Bel-Hadjl
Dans cette correspondance a arabe d, le maréchal laisse échapper la pensée de remettre prochainement le gouvernement de la colonie au duc d'Aumale, fils du Roi. Telle était la pensée secrète du gouvernement, pensée maladroitement manifestée par le maréchal Soult dans sa lettre au gouverneur promu maréchal, et acceptée sans arrière-pensée par ce dernier, grâce à son entier dévouement à la dynastie d'Orléans. Il avait été seulement blessé par la forme, mais non par le fond. Il comprenait en effet et approuvait absolument les graves motifs politiques qui devaient amener le fils de son Roi au gouvernement de TAlgérîe.
Après un court voyage en France à la suite du brillant fait d'armes de la smalah, le duc d'Aumale n'avait pas tardé à revenir avec le grade de général de division et le commandement de la province de Constantine, province soumise ou à peu près. C'est là que le jeune