CHAPITRE XIII
torité morale. Je crois que nous devons tendre tout doucement à remplacer les grands chefs arabes par des Français ; mais il faut du temps pour que la puissance aristocratique s'aflFaiblisse et pour que nous ayons assez d'officiers capables de gouverner les Arabes et voulant s'y dévouer avec suite. C'est une carrière ouverte & une noble ambition. Déjà bon nombre d'officiers la mesurent de l'œil et sont tout prêts à s'y lancer (1).
J'ai lu vos circulaires aux commandants des subdivisions ; celle relative à l'enregistrement de tout ce qui se passe dans chaque tribu est très bien, ainsi que la disposition du registre à tenir et le tableau statistique. Ce sont de bonnes mesures qui obligeront les commandants à pénétrer dans la vie intérieure des tribus et laisseront des traditions à leurs successeurs. Ils contrôleront les opérations de nos chefs arabes, ils les suppléeront souvent et prépareront ainsi l'avènement du gouvernement direct sans secousse violente. C'est ainsi que nous agissons à peu près partout, mais c'est peut-être moins régularisé que ce que vous faites. Nous y mettrons de l'uniformité.
Votre circulaire sur les amendes diflfêre de celle que je vous ai adressée. Je regrette ce croisement de dispositions sur la même matière : les vôtres sont peut-être préférables pour la province de Constantine ; je vous laisse le soin de les coordonner. Comme il ne faut pas changer à tout instant, ne publiez pas la mienne, et dans quelque temps vous me proposerez, s'il y a lieu, une refonte des deux. Ces grandes mesures gouvernementales devront être uniformes dans la région, sauf quelques diflférences qui tiennent aux lieux ; il
(1) Voir au troisième volnme la création des bureaux arabes et les circulaires du maréchal Bugeaud pour Tadministration des indigènes.
470 LE MARÉCHAL BUGBAUD.
faut donc qu'elles soient concertées arec le gooveraement général.
Je n'ai pas entendo parler de rarrirée de Gueswiller; s'il venait à temps, vous n'auriez pas besoin de faire les mutations dont vous m'avez entretenu.
La demande de M. le conmiandant Marquet me paraît trop considérable. Notre intérêt n'est pas de faire de gros propriétaireSy mais beaucoup de petits pour augmenter la population. Les meilleurs capitaux pour moi, ce sont les bras fixés au sol par la propriété. Les capitaux ne fixent personne. Les hommes passent sur leur propriété comme les personnages dans une lanterne magique. Je réduirai donc de moitié la concession à faire à M. Marquet...
Le bateau vous apporte 800 arbres un peu faibles; on n'a pu faire mieux. Je vous communique la note du directeur de la pépinière.
Agréez, mon Prince, l'assurance de mon respectueux dévouement.
Signé : Bugeaud.
Dès le mois de février 1844, M. le général duc d'Aumale se porta sur le Ziban, afin d'en chasser Mohammed-El-Sgrir, khalifa d'Abdel-Kader, et y rétablir les intérêts du cheick Ben Gannah. Les journaux d'opposition du temps y virent l'esprit d'aventure et l'envie de guerroyer sans nécessité. Tel n'était point, certes, le but de nos armes. La force des événements nous obligeait à renverser ]e drapeau d'Àbdel-Kader partout où il restait encore debout, et on ne pouvait réellement espérer de repos et de sécurité pour l'Algérie que le jour où la bannière de