‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 227 sur 294 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

aussi loin que vous venez de le faire, j'ai expliqué au ministre l'importance de la soumission du Ziban sous les triples rapports, politique, commercial et économique. Si l'on donne ma lettre en même temps que votre rapport, elle sera une réponse aux déclamations insensées contre le système guerroyant.

Je leur dis qu'on ne peut pas détrôner un prince à demi, ni prendre une partie d'un pays pour la garder; j'ajoute que l'on est toujours condamné par la force des choses à prendre tout si l'on ne veut pas se vouer à une guerre incessante.

La résistance que vous avez éprouvée dans l'Aurès, la double attaque du camp de Batna me font présumer que vous aurez à livrer quelques combats dans le reste de la chaîne. Mais vous êtes renforcé, vos troupes sont bonnes, elles ont de la confiance en vous : je n'ai aucune inquiétude.

De notre côté, c'est le calme le plus complet. Nous finissons nos deux routes de Cherchell à Milianah, d'Alger à risser, et en même temps nous travaillons sérieusement à celle de la Chiffa qui a été emportée cet hiver.

J'ai tenté de percevoir en argent l'impôt en nature sur les bestiaux (Zékat) et cela réussit à merveille ; plusieurs tribus ont déjà payé intégralement.

Il ne s'est rien passé de remarquable dans TOuest, si ce n'est que M. le général de Bourjoly a été obligé de châtier une fraction de tribu dans le Dahra, pour avoir assassiné le caïd des Beni-Zérouel...

Depuis deux mois, Abdel-Kader n'a pas fait de mouvements militaires, mais il n'est pas resté inactif en diplomatie et en intrigues. Il sollicite avec ardeur des secours du Maroc et je crois qu'il en a reçu d'occultes ; il écrit dans toute l'Algérie pour fomenter l'insurrection et compromettre nos

chefs arabes. Il est impossible d'avoir plus d'activité et de persévérance que n'en a cet homme-là.

Ne voilà-t-il pas que les Kabyles autour de Djidjilly commencent à se soumettre? M. le commandant Germann m'annonce la soumission sincère, du moins en apparence, d'une tribu. Une ou deux autres sont en pourparlers. Ce serait fort heureux. Ce chef de bataillon Germann me paraît un homme de sens et d'aplomb, j'appelle sur lui votre attention bienveillante.

Mes troupes rentrent des travaux le 7 ; elles seront dans leurs cantonnements le 10, et le 20 nous nous mettrons en mouvement pour les montagnes de la rive droite de Tisser entre le Jurjura et la mer, je veux dire celles où a régné Abdel-Kader et où Ben Salem tient encore avec un petit noyau. Je pourrai rencontrer un gros rassemblement , car dans le cercle que je vais visiter, on assure qu'il y a quarante-cinq mille fusils ; mais vous savez que le nombre ne nous effraye pas. Il n'y a que le terrain qui soit redoutable.

Je suis heureux que vous soyez satisfait de vos troupes ; cette confiance réciproque présage des succès pour toute la campagne. Je vous prie de leur témoigner ma vive satisfaction pour leur bonne conduite, et particulièrement à M. le lieutenant-colonel Buttafuoco.

J'espère que S. A. R. M^ le duc de Montpensier nous arrivera avant mon départ pour l'Est

Agréez, mon Prince, l'assurance de mon respectueux dévouement.

Signé : Bugeaud.

P. S, Je suis loin de m'afSiger de la légère blessure de

M^le duc de Montpensier ; je veux au contraire l'en féliciter.

Hassan-ben-Azouz m'a écrit de Biskrapar terre, il m'a

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