CHAPITRE XIII
donné les premières nouvelles de vos opérations. Il dit que toutes les populations sont soumises et admirent votre justice; enfin il demande la liberté de son frère auquel j'ai depuis longtemps donné la ville d'Alger pour prison. Je ne vois aucun inconvénient à mettre en liberté ce vieillard ; mais j'attendrai pour le faire que vous m'en ayez dit votre opinion.
Je me suis décidé à agrandir par un fossé l'enceinte de Bougie. Cela nécessite une petite augmentation de garnison et surtout en indigènes pour garder la partie de l'enceinte qui passe dans des lieux malsains. Cela me conduit à vous demander de diviser une de vos compagnies de tirailleurs entre Bougie et Djidjilly où le même besoin se fait sentir. Cette compagnie pourrait verser dans les autres les tirailleurs que de grands intérêts pourraient empêcher d'aller là. Elle se recruterait sur les lieux. Si vous trouviez des inconvénients à l'y laisser en permanence^ et ce ne pourrait être qu'à cause des officiers, vous pourriez la relever de temps en temps, ou seulement changer le cadre en totalité ou en partie. Cette dernière combinaison me paraît la meilleure.
Le bureau arabe de Philippeville est de l'* classe.
Questions.
Pourquoi détacher, le 11, M, Tremblay à huit lieues de Biskra avec un bataillon et un escadron, puisque l'ennemi s'était retiré par là, et que votre colonne entière devait y marcher le 13?
Les petits détachements à de grandes distances et surtout quand le pays et l'ennemi sont inconnus, sont fort dangereux. Il vaut mieux marcher avec tout son monde. Évidemment, la petite colonne de M. Tremblay n'a obtenu aucun résultat.
478 LE MABéCHAL BUGEAUD.
ni bon ni mauvais; Eu cas d'échec, il en serait résnlté nn fil* cheux effet moral.
Les troupes ont dû être très fatigoies» car retournant avec la colonne le 13^ elles ont fait en trois jooza vingt-quatre lieues. ( Ceci est une erreur, je relis le rapport et je vois que vous n'êtes reparti de Biskra que le 15. ) Dès 1809, en Esp^ gne je me suis élevé contre les détachements ou les reconnaissances de cette nature qui compromettaient ainsi des fractions de l'armée, et je disais que les reconnaissanoes doivent être ou très fortes (1) ou très petites ; quelques cavaliers, sans infanterie, ou l'armée entière. Comme cela, on ne compromet rien. En outre des inconvénients qui se trouvent dans la nature des choses, on s'expose, en faisant des détachements multipliés à grandes distances, à rencontrer pour commandant un officier faible^ maladroit ou imprudent qui nous occasionne un échec partiel. Il vaut mieux jouer serré et laisser le moins possible au hasard.
Vous comprendrez, mon Prince, que ce sont là des principes généraux, que je n'applique pas d'une manière absolue à la circonstance, car je n'en connais pas les détails et peutêtre aviez-vous de bonnes raisons pour détacherM. Tremblay.
Agréez, etc.
Signé : Bugeaud.
Dans cet hiver relativement pacifique de 1843-1844, le maréchal obéissant à ses instincts personnels s'occupa vivement d'améliorations locales. — Le 28 décembre, en compagnie de M"*' la maréchale Bugeaud, des directeurs de l'Intérieur et des Finances, du pro-
(1) K'est-ce pas le Bystème mis en pratique parles Prussiens, dans la gneire de 1870, c'est^-dire Tenvol en éclaireurs d'avant-garde de ces légendaires détachements de uhlans ? — Les écrivains militaires, da reste, ont de tout temps indiqué et conseillé ce mode d'investissement et d'investigation.