‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 233 sur 294 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

J'ai organisé l'agalik de Taoarga qui comprend sept tribus autour de Dellys. Avant-hier, j'avais organisé celui des Flissas, et aujourd'hui c'est le tour des Amraouas et de beaucoup d'antres tribus. Tu vois que deux petites victoires sont plus éloquentes que les phrases de nospublicistes et la sentimentalerie de nos philanthropes. J'espère, à présent, être rentré le 28. Voilà un grand rbois que je suis loin de mes petits! C'est long! et pourtant la séparation sera plus longue encore, car vous rentrez et je reste !

Je vous embrasse, mes toutes bonnes.

BUGEAUD

Le duc d'Aumale avait bien occupé Biskra(l), Toasis située au sud de la province d'Alger. Ce n'était pas assez. Aussi le maréchal donnait-il bientôt Tordre d'occuper Laghouat, l'oasis située sur le méridien d'Alger. Il s'y préparait depuis près d'un an.

Dès le lendemain, en effet, de l'enlèvement de la smalah, il avait songé à s'étendre au sud de Boghar.

(1) Bisl-ra ou Biskara, aujourd'hui 7,400 habitants, la plus belle oasis du Sahara, compte 130,000 palmiers dattiers et 5.000 oliviers, contempoi-ains, dit-on, des Romains. Cette ville se trouve à 234 kil. au sud-ouest de Constantine, à 126 mètres à peu près au-dessus de la mer, au pied des montiignes d'un massif de l'Aurès, montagnes sans forêts dont l'une s'appelle de deux noms arabes qui veulent dire la Jove rouge. Son torrent vient de l'Aurès par La superbe coupure d'El-Kantara, le Foum es Sahara, ou bouche du désert. S'il gardait toujours l'énorme volume de flots que certains orages poussent dans son lit, il suppiimerait au loin le Sahara; mais généralement il cesse de couler audessus de Biskra, et alors les palmiers, qui doivent avoir <t la tête dans le feu, le pied dans l'eau », sont arrosés par des sources voisines, d'un débit de 180 litres par seconde. Cette ville eut jadis une importance considérable, s'il est vrai (lu'il y a deux cent dix ans une seule épidémie y abattit 70,000 personnes. Ce n'est plus aujourd'hui que la modeste capitale des Ziban : on nomme ainsi les oasis du pied de l'Atlas, à Test et à Touest de Biskra.

(Onésime Reclus.)

Après avoir pris à Alger, le 20juillet 1843, les ordres du gouverneur général, le colonel Yusuf était parti pour le Sud avec mille vingt^huit fantassins montés sur mulets, deux mille cavaliers arabes, trois mille huit cents chameaux. Les premières tribus se soumirent avec empressement (1).

Dans les derniers jours de novembre, en présence du duc d'Aumale et d'un grand nombre d'officiers, le maréchal donna à Alger l'investiture à plusieurs des grands chefs du Kabla (sud) de Teniet-el-Had. L'un d'eux Amer-ben - Ferhat fut nommé bach-aga : on croyait pouvoir compter sur son dévouement spécial, attendu que quarante-six de ses femmes et ses enfants, précédemment enlevés par l'Emir, avaient été délivrés lors de la prise de la smalah.

L'un des chefs arabes dit au maréchal à roccasion de cette investiture :

Dieu a dit dans son saint livre : <r Je ferai durer le trône fondé sur la" justice, serait-il occupé par un Infidèle, et je renverserai celui fondé sur l'injustice, serait-il occupé par le plus fervent des Croyants. 3>

Cette double allusion au gouverneur et à l'Émir fut particulièrement appréciée de l'assistance.

Depuis un an et demi, Sid-Ahmed-ben-Salem, cheik de la ville de Laghouat, avait envoyé des présents et des chevaux, demandant l'investiture. Mais le gouver-

(1) Un peu plus tard, chez les Oulcd-Jacoul, le capitaine Durrien, api^ un léger engagement des Arabes avec sa colonne, en profita poar faire une grande riUEzia de 1,300 chameaux, '25,000 moutons, etc. On rentra à Boghar le 11 août.

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