CHAPITRE Xlll
neur général les avait constamment refusés, répondant qu'il ne traitait pas avec les gens sans les connaître et que s'il tenait à devenir un serviteur de la France, il lui fallait venir en personne à Alger réclamer cette faveur.
Àhmed-ben-Salem, atteint d'une maladie de foie et ne pouvant se déplacer en personne, envoya son frère Yahia au général Marey qui opérait chez les Ouled-Naïls. Celui-ci adressa au gouverneur général l'envoyé, qui arriva à Alger le 12 avril.
Le lendemain, en présence du duc de Montpensier, le gouverneur général investit Ahmed-ben-Salem comme khalifa de Laghouat dans la personne de son frère Yahia. L'investiture fut conditionnelle, ne devant devenir définitive que quand une colonne française aurait parcouru le pays et perçu l'impôt.
Une colonne française recevait en effet l'ordre de descendre au sud de Medeah et de Boghar, et de pénétrer jusqu'à Laghouat (1), et au delà s'il le fallait.
Les troupes, prêtes le 27 avril, partirent de Medeah le 1^' mai sous les ordres du général Marey. Elles se
(1) Laghouat, capitale du Sahara de la province d'Alger, est à 847 kil. de Medeah et à 446 kil. d'Alger. Elle est assise sur les deux versants d'une vallée rocheuse et divisée en deux parties, dont l'une est habitée par des Européens. — Autour de la ville s'étend une verdoyante oasis formée de jardins où les arbres fruitiers et les plantes potagères abondent et qui ne contient pas moins de 40,000 palmiers.
Depuis l'année de la conquête de Laghouat (1844), le désert a été considérablement modifié ; les puits artésiens forés en grand nombre par les Français ont fait monter au jour de vraies rivières et, grâce à eux, dit M. Beclus, des oasis qui produisent les meilleures dattes du monde voient leurs palmiers flétris reverdir et leurs merveilleux jardins étendre en tous sens leurs oliviers, leurs figuiers, leurs orangers, leurs jujubiers, leurs grenadiers, leurs vignes grimpantes, tous leurs arbres amis des soleils de flamme.
composaient de deux mille huit cents hommes, dont deux mille cent Français et sept cents Arabes auxiliaires : mille sept cents soldats d'infanterie, deux cent quarante cavaliers , des artilleurs, soldats du train, etc., et deux pièces de canon. Le colonel Saint- Arnaud faisait partie de l'expédition (1).
Le 18 mai la colonne atteignit le Djebel- Amour ; le 21, ïedgemont. Le 24, elle bivouaquait sur TOued-Mejemzi, rivière qui passe à Laghouat, et le lendemain à Laghouat même où elle séjourna les 26 et 27. L'accueil des populations fut excellent Cinq ou six cents cavaliers vinrent au-devant de nos troupes tirant des coups de fusil en signe de réjouissance. Le drapeau et la musique du khalifa accompagnaient le général Ma-' rey. On apporta chaque jour, comme diffa^ des dattes à profusion et quarante plats de couscouss.
(1) Kou8 troavons dans la correspondance du maréchal Saint* Arnaud des détails sur cette expédition. — Le 27 mai 1844, il écrivait de Laghouat à son frère : a Depuis ma lettre de Taguin, j*ai traversé bien des pays et visité quelqnes villes curieuses, s'il est permis d'appeler villes ces constructions bizanes et si loin de nos idées qu'on se les imagine à peine quand on les a vues... J*ai parcouru le désert dans des circonstances toutes différentes de celles que j'attendais. Après quelques jours d'un soleil brûlant, nous avons rencontré on tel froid que les 18, 19, 20 et surtout 24 mai nous avons conservé nos bumoos 4 cheval et que le feu au bivouac était nécessaire. Nous voici donc en plein dé* sert de Sahara. Derrière nous sont les dernières chaînes de l'Atlas qui vont en s'abaissant : devant nous l'immensité du désert sans fin, sans bornes poor nos yeux ; de loin en loin quelques palmiers qui élèvent leur tête comme les mâts d'un immense vaisseau sur une mer calme. C'est sublime à voir, mats c'est triste. L'œil, après avoir erré dans toutes les directions sana pouvoir s'arrêter sur rien, à force de fixer, se crée des mirages extraordinaires. Mais l'âme se replie sur elle-même ; ce désert incommensurable c'est l'image de l'éternité. Je voudrais pouvoir monter sur un cheval aUé et faire une longue pointe dans le désert pour revenir le jour même sous cette oasis appelé Laghouat où nous bivouaquons.
a En quittant Taguin, nous nous sommes dirigés sur Tedgemont, où nous étions le cinquième jour de route. Tedgemont est une charmante décoration d'opéra,