‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 235 sur 294 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Le général Marey poussa encore jusqu'à onze lieues au delà de Laghouat. La chaleur était très forte ; Teau et Therbe disparaissaient. Les Turcs n'avaient jamais été au delà de Laghouat même ; on jugea inutile de pénétrer plus loin. Le 31 mai, Ton remontait vers le Nord.

Le caractère pacifique de cette expédition était pressenti d'après les ouvertures faites, depuis un an, par les chefs de cette lointaine vallée. Quand la nouvelle de ce succès arriva à Alger, le gouverneur général n'y était plus. A peine de retour de sa campagne de Dellys, il avait dû s'embarquer d'urgence pour l'Ouest, appelé par une dépêche inquiétante du général de Lamoricière.

Dès le 31 mai, le maréchal partait pour Oran avec sa famille (1). Après quelques jours passés à Oran, le gouverneur général renvoya à Alger sur le Ténare la maréchale et ses filles ainsi que M°*® la générale de Bar. Quant à lui, il se rendait précipitamment, sans at-

vnc de loin cependant ; car la ville, comme toutes les villes arabes, n'offre que ruines, murs en terre mêlés de quelques pieiTes, sans ouverture au dehors, d'une grande élévation et avec des portes grossières très basses. On marche entre deux hautes murailles grises, jusqu'à ce qu'on soit arrêté par des monticules de ruines que Ton franchit pour marcher encore avec les mêmes accidents de terrain. Tedgemont, bâti sur une hauteur, avec sa ceinture de jardins, entourés eux-mêmes d'une rivière d'argent coulant sur un sable fin et blanc, offre un coup d'oeil ravissant, sur la verdure foncée des abricotiers et des caroubiers. Figure-toi une foule de palmiers et dans le fond des coupures grisâtres delà ville, tout cela sous un ciel africain , et admire ce paysage , un des plus gracieux que j'ai vus en Algérie".

(( Le gouverneur a eu une belle affaire dans l'Est avec deux mille hommes, il a battu Ben Salem et dix mlUe Kabyles. S)

(1) Sans doute l'emmenai t-il avec lui pour ne pas interrompre si tôt nne réunion désirée, qui dut cesser à peine accomplie? Mais les dépêches du général Lamoricière avaient un caractère d'urgence qui ne souffrait pas de retard.

tendre le général Marey (1), à Lalla Maghrnia, sur la frontière du Maroc.

L'orage grondait de ce côté. Il s'y préparait des événements d'une extrême gravité, dont le récit fera l'objet du chapitre suivant.

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(1) Le général Guillatune-Stanislas Marey-Monge, né en 1796 & Nuits (Côte-d'Or), mort en 1863 , était fils du conventionnel Marey et petit-fils, par sa mère, du célèbiè Monge. Admis à l'Ecole polytechnique en 1814, il prit part à la défense de Paris contre les alliés. Il entra dans l'artillerie en 1819, et rédigea sur cette arme plusieurs mémoires remarquables. Il fit partie de l'expédition d'Alger en 1880. Chargé d'organiser des chasseurs algériens, il combattit à leur tête dans les expéditions contre Medeah (1830-31). Lieutenant -colonel en 1834, et investi du commandement politique, militaire et administratif des tribus voisines d'Alger, il organisa le corps des spahis, dont il devint colonel en 1837. Rappelé en France en 1839 pour commander le 1^ régiment de cuirassiers, il reprit du service en Algérie en 1841 comme colonel du 2« régiment de chasseurs d'Afrique et fut nommé maréchal de camp en 1848, général de division en 1848.

Du 12 juin au 22 septembre 1848, gouverneur général par intérim de l'Algérie, ce fut lui qui proposa de former des corps d'infanterie montés sur des chameaux. Envoyé par le gouvernement provisoire de 1848 à l'armée des Alpes, il reçut en

1850 le commandement de la 18*^ division militaire (Clermont-Ferrand), et en

1851 celui de la 8^ (Metz). Il revient en 1867 en Afrique pour y faire la campagne de Kabylie. Il venait d'être appelé au sénat, quand il mourut, en 1863.

Depuis le rétablissement de l'Empire, le général Marey-Monge avait relevé le titre de comte de Féluse, que son aïeul Monge reçut de Napoléon l^**. On lui doit : NoUëtur la régence ^ Alger; aperçu de ton histoire y 1884; Mémoires sur les armes blanches, 1841, in-8'> ; Poésies d" Abdel-Kader, 1848, in-8«>.

Le général Marey-Monge était un excellent militaire, homme instruit et intelligent ; toutefois d'un caractère difficile. Le maréchal Bugeaud faisait cas de lui, bien qu'il eût instinctivement pei} de goût pour les polytechniciens, dont les principes absolus et systématiques se heurtaient souvent à son esprit pratique et à son admirable bon sens.

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