CHAPITRE XIV
La bataille dIsly. — 1844.
Préludes de la campagne du Maroc. — Les émissaires d'Abdel-Kader et de l'empereur du Maroc dans nos tribus. — Départ du maréchal pour Oran. — Entrevue du général Bedeau avec le chef marocain à LaUa-Maghmia (15 juin). — Occupation d'Ouchda par le maréchal. — Lettre de M. Guizot, ministre des affaires étrangères, à M. de Saint- Aulaire, ambassadeur à Londres. — Mécontentement de l'Angleterre. — Commencement des hostilités. — Bombardement de Tanger. — Bombardement de Mogador (7 août). — Rapj)ort du prince de Joinville. — Récit de la bataille d'Isly par M. Léon Roches. — Rapport officiel au ministre. — Le Roi au maréchal (29 août). — Le duc de Nemours au maréchal. — Lettre du maréchal au prince de Joinville sur les conditions du traité de paix. — Conclusion du traité dans le sens des prétentions françaises.
L'Algérie allait être exposée à une épreuve des plus rudes. L'empereur du Maroc Abder-Rhaman , si puissant par le nombre de ses sujets et de ses soldats, chef de la religion dans tout le nord de l'Afrique, chérif , c'est-à-dire ayant dans ses veines le sang même du prophète, mettait son épée dans la balance du côté d'Abdel-Kader et faisait prêcher la guerre sainte contre les chrétiens.
Des émissaires étaient envoyés dans nos tribus par Abdel- Kader et par des agents du Maroc pour les préparer à la révolte. La moindre hésitation, le moindre indice de peur, de notre part, pouvait tout remettre en question dans nos possessions algériennes.
Les troupes du général Bedeau (1) eurent à repousser sur notre territoire une agression marocaine dans la journée du 30 mai. Le caïd marocain, ne pouvant maîtriser les passions fanatiques des contingents réunis autour de lui, fut entr^dné à franchir la frontière non loin d'Ouchda, au lieu dit Lalla-Maghrnîa, à 60 kilomètres de Tlemcen. Le camp français fut attaqué avec impétuosité par les Abias-Boukkari , excellent corps de cavalerie régulière.
Le général Lamoricière les repoussa et nos troupes furent admirables d'entrain.
Le lendemain, le maréchal Bugeaud, mandé par une dépêche de Lamoricière, s'embarquait à Alger. A peine arrivé sur les lieux, voulant user des moyens pacifiques, il prescrivit au général Bedeau d'avoir une entrevue avec le chef marocain. Pendant la conférence qui eut lieu le 15 juin à Lalla-Maghrnia, les trou-
(1) Bcdeuu (Marie- Alphonse), prônerai, ne ^ Vert on près de Nantes, en 1804, ort en 18G3, fit la campagne de Belgique en 1831-1882 comme aide de camp (les généraux Gérard et Schramm, fut envoyé en Algérie en 1886,86 distingua au siège de Constantine, dans l'expédition de Cherchell, au col de Houzala, à Medeah et & Milianah, prit une grande part & la conquête de la province de Titery en 1842, et à la bataille d'Tsly en 1844, reçut le commandement de la province de Constantine et figura encore dann Vcxpédition contre les Kabyles de Bougie en 1847. Il était à. Paris lors de hi révolution de 1848 : mis 4 la tête de l'une des colonnes cliargées do combattre les insurgés , il se tint dans une inaction qui lui attira certains reproches du maréchal Bugeaud, mais qn'expli- (luaient dos ordres formels. Le gouvernement provisoire lui donna le commandemoiit (le la place de Paris, puis celui d'une division de l'année des Alpes. Député de la Loire-Inférieure à l'Assemblée constituante, il devint vice- piésident de cette assemblée et participa à la répression de l'insurrection de juin, durant laquelle il fut blessé. Élu à l'Assemblée législative par le département de la Peine, il fut arrêté lors du coup d'État du 2 décembre 1851, et éloigné de la France, où il ne consentit & rentrer qu'après 1860.
Le génénil Bedeau était un homme de grande énergie et d'une grande honn£< toté. Ce fut l'une des gloires les plus pures de l'armée d'Afrique.
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