CHAPITRE XIV
pes marocaines s'approchèrent insensiblement, firent feu sur les nôtres et blessèrent le capitaine Daumas et deux hommes. Après* quelques excuses et quelques efforts pour rétablir Tordre, le chef marocain déclara que la frontière devait être reportée à la Tafna, et qu'en cas de refus, c'était la guerre. Ces paroles rompirent la conférence ; mais au moment où nos troupes se retiraient, elles furent vivement attaquées.
Pressentant ces événements, le 17 juin 1844, M. Guizot écrivait à notre ambassadeur à Londres, le comte de Saint-Aulaire :
Teuez pour certain que si nous avons la guerre avec le Maroc, c'est que nous y sommes forcés, bien et dûment forcés. Nulle part en Afrique, nous ne cherchons des possessions ni des querelles de plus. Avant 1830, le territoire qu'on nous conteste aujourd'hui a constamment fait partie de la régence d'Alger; les indigènes reconnaissaient la souveraineté du Dey et lui payaient tribut par l'entremise du bey d'Oran qui envoyait à certaines époques déterminées des Turcs pour le prélever. Nous occupons depuis longtemps ce territoire sans contestation, soit de la part des habitants eux-mômes, soit de la part des Marocains. C'est Abdel-Kader ([ui, dans ces derniers temps, a cherché et trouvé ce prétexte pour exciter et compromettre contre nous l'empereur (lu Maroc. — A vrai dire, ce n'est pas à l'Empereur, c'est à Abdel-Kader que nous avons affaire là. Il s'est d'abord^réfugié en suppliant, puis établi en maître dans cette province d'Ouchda ; il s'est emparé sans grand'peine de l'esprit des l)opulations ; il prêche tous les jours ; il échauffe le patriotisme arabe et le fanatisme musulman ; il domine les auto-
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rites locales, menace, intimide, entraîne l'Empereur et agit de là comme d'un repaire inviolable pour recommencer sans cesse contre nous la guerre qu'il ne peut plus soutenir sur son ancien territoire. Jugurtha n'était, je vous en réponds, ni plus habile, ni plus hardi, ni plus persévérant que cet homme-là, et s'il y a de notre temps un Salluste, l'histoire d'Abdel-Kader mérite qu'il la raconte. Mais en rendant à rhomme cette justice, nous ne pouvons accepter la situation (ju'il nous fait sur cette frontière... Voilà près de deux ans que cette situation dure et que nous nous montrons pleins de modération et de patience. Nous nous sommes rigoureusemeut abstenus de toutes représailles. Nous avons employé le ton amical et le ton menaçant. Nous avons envoyé des biitiments de guerre se i)romener devant Tanger; c'était pour inquiéter et intimider. Nous avons obtenu des désavœux, des promesses, des ajournements et quelquefois des apparences. Au fond, les choses sont restées les mêmes. Pour mieux dire, elles ont toujours été s'aggravant. Depuis six semaines, la guerre sainte est prèchée dans tout le Maroc; les populations se soulèvent et s'arment partout. L'Empereur passe des revues à Fez ; ses troupes se rassemblent sur notre frontière ; elles viennent de nous attaquer sur notre territoire. Cela n'est pas tolérable. Il ne suffit pas que l'empereur du Maroc renonce, pour le moment, à ses démonstrations hostiles et nous donne de vaines paroles de paix ; il faut que les causes de cette guerre sourde qui couve et éclate sans cesse sur notre frontière soient snpprimées ; il faut (ju'il n y ait là plus de rassemblement de troupes, qu'Abdel-Kader n'y puisse séjourner, qu'une délimitation certaine des deux Etats soit opérée et acceptée des deux parts. Voilà le but que nous avons absolument besoin et droit d'atteindre?