CHAPITRE XIV
En même temps qu'il marchait sur Ouchda, le maréchal voulut laisser une porte à des arrangements pacifiques; c'est alors qu'il écrivit à EI-Ghennaoui la lettre suivante. Cette pièce et les deux suivantes résument parfaitement l'état de ]^ question.
Le Maréchal goiœerneui* au cald El- GkennaouL
Sur la frontière, 16 juin 1844.
Salut! Les Marocains ont violé plusieurs fois notre territoire ; deux fois, ils nous ont attaqués sans aucune déclaration de guerre. Et cependant j'ai voulu, dès mon arrivée au camp, te donner une grande preuve du désir que j'avais de rétablir la bonne harmonie que vous seuls avez troublée par les procédés les plus hostiles^ et je t'ai offert une entrevue.
Tu y es venu et tu nous as proposé, pour prix des relations de bon voisinage qui auraient dû toujours régner entre nous, d'abandonner notre frontière et de nous retirer derrière la Tafna.
Nous ne tenons assurément pas à l'étendue du territoire, nous en avons bien assez; mais nous tenons à l'honneur, et si tu nous avais vaincus dans dix combats, nous te céderions encore moins la frontière de la Tafna, parce qu'une grande nation comme la France ne se laisse rien imposer par la force, et surtout par les procédés comme ceux que vous avez employés avec nous depuis deux ans.
Je t'ai dit dans ma lettre d'avant-hier que la modération avait un terme, que Dieu seul était éternel. Eh bien! je te déclare aujourd'hui que la mienne est arrivée à sa dernière limite.
Je ne suis pas accoutumé à laisser prendre à nos ennemis
502 LE MARÉCHAL BUGBAUD.
une attitude de supériorité. Demande plntôt à Abdel- Kader!
Or y hier, pendant que mon lieutenant, le général Bedeau, était, lui quatrième, an milieu des tieas, n'ayant d'autre garde que votre loyauté, il a dû entendre des paroles offensantes. Tes troupes ont fait feu sur les miennes, un de mes officiers et deux hommes ont été blessés. Cependant, malgré cette indigne conduite, nous n'avons pas répondu un seul coup de fusil et nous avons fait retirer nos troupes. Les tiennes ont pris notre modération pour de la faiblesse et elles ont attaqué mon arrière-garde. Nous avons été bien forcés de nous retourner.
Après de tels faits, j'aurais le droit de pénétrer au loin sur le territoire de ton maître, de brûler vos villages et vos moissons, mais je veux encore te prouver mon humanité et ma modération, parce que je suis convaincu que l'empereur Mulej-Abder-Ehaman ne vous a pas ordonné de vous conduire comme vous l'avez fait et que même il blâmera cette conduite. Je veux donc me contenter d'aller à Ouchda, non point pour le détruire, mais pour faire comprendre à nos tribus qui s'y sont réfugiées, parce que vous les avez excitées à la rébellion, que je veux les atteindre partout, et que mon intention est de les ramener à l'obéissance par tous les moyens qui se présenteront.
En même temps, je te déclare que je n'ai aucune intention de garder Ouchda ni de prendre la moindre parcelle du territoire de l'empereur du Maroc, ni de lui déclarer ouvertement la guerre. Je veux seulement rendre à ses lieutenants une partie des mauvais procédés dont ils se sont rendus coupables envers moi. Après avoir prouvé que je le puis, je leur rendrai leur ville, et quand ils seront revenus à de meilleurs sentiments, je serai toujours prêt à traiter avec eux pour