CHAPITRE XIV
rétablir la paix et cimenter l'ancienne alliance qui existe depuis des siècles entre la France et le Maroc.
Je te préviens que j'envoie copie de cette lettre à mon gouvernement (1) qui la communiquera à l'empereur Muley- Abder-Rhaman. C'est à toi de juger s'il n'est pas de ton devoir de les lui communiquer aussi.
Voici en quels termes ambigus et embarrassés répondit El-Ghennaoui.
Du serviteur de Dieu, Ali-ben-El-Taieb au clief des Chrétiens
à Alger, le maréchal Bugeaud,
J'ai reçu ta lettre et j'en ai compris le contenu. Lorsque je suis venu vers la frontière, je n'avais d'autre intention que
(1) C( Les intérêts engagés au Maroc, dit M. le comte d'HaussonvlIle, dans son excellente Histoire de la politique extérieure du gouvernement français, étaient considérables et les ministres français pouvaient se rendre le témoignage qu'ils n'avaient rien fait pour provoquer les difficultés contre lesqueUes ils allaient :ivoir à lutter. La promptitude de leur résolution se ressentit de cette parfaite simplicité de situation.
c( Si jamais expédition fut soudainement résolue, énergiquement conduite et brillamment terminée, ce fut, à coup sûr, celle dirigée en 1844 contre Muley-AV)der-Rhamau , empereur du Maroc. En laissant & de plus compétents le soin de louer, sous le rapport militaire, les hauts faits d'Isly et de Mogador, nous devons faire remarquer combien la rapidité des opérations combinées du maréchal Bugeaud et du prince de Joinville répondait parfaitement aux convenances de la politique française. Devant des succès si prompts et si complets, Tesprit de parti s'est tu lui-même un instant. Les adversaires du gouvernement n'ont pu s'empêcher de louer l'ardeur impétueuse du vieux soldat et l'habileté consommée du jeune amiral. Mais là s'arrêtèrent les éloges. On eût dit que le juste tribut d'admiration payé aux vainqueurs les dispensait de toute équité envers le cabinet. Cependant le maréchal Bugeaud, en forçant habilement les bandes nombreuses et indisciplinées qui lui étaient opposées ii courir les chances d'une bataille rangée, le prince de Joinville, en écrasant de si près, sous le feu de ses canons les batteries de Tanger et de Mogador, et tous deux, après la victoire, en n'imposant & Tempercur du Maroc attéré que de juste» et indispensables sacrifices, avaient eu pour but principal de seconder les vues du ministère français. Par leur vigueur à engager Vaction, par leur modération après le triomphe, l'un et l'autre s'étaient avant tout proposé de
de faire le bien de vos sujets et de les forcer à rester dans leurs limites respectives. Alors il est arrivé un événement sans intention, ni assentiment de ma part. Lorsque ta es venu toi-même, tu m'as écrit. Je me suis abouché avec ton représentant, avec bonne foi et le cœur exempt d'arrièrepeosées. Vous avez fait des propositions. J'en ai fait de mon côté ; nous ne nous sommes pas entendus et nous nous sommes séparés sains et saufs, chacun de nous espérant que l'autre le consulterait et qu'après de nouveaux pouvoirs aux deux parties, nous tomberions d'accord pour un arrangement qui pût mettre fin à toute difficulté.
Je n'ai eu connaissance de ce qui se passait, après mon départ, que presque au moment o£i on vint me le dire : il est arrivé ce qui est arrivé.
Sache que je ne puis approuver la mauvaise intelligence entre nous, quand bien même les mauvais procédés viendraient de ta part.
Mais on ne peut pas revenir sur les événements accomplis, car à Dieu appartient de diriger toutes choses.
Tu nous dis que ta es encore disposé au bien et à la paix. Il en est de même de notre part ; et, du reste, je n'ai pas la permission de faire la guerre.
Aussi, ne faut-il pas que l'un ou l'autre parti considère comme grief inexcusable tel mal ou tel fait contraire à la paix, tant que l'amitié existera entre nous, et que nous maintiendrons les conditions anciennes qui ont été établies par nos ancêtres et suivies par leurs descendants.
Dieu fait ce qu'il veut et ce qu'il désire.
se conformer, comme chefs de corps, & Tesprit des instructions qu'ils avaient reçues de Paris. D
N'est-il pas permis, cependant, répondant & M. d'HanssonviUe, de •supposer qu'en cas d'insuccès & Isly ou à Mogadorou de complications avec l'Angleterre, le cabinet présidé par M. Guizot n'eût désavoué le maréchal et le prince?