CHAPITRE XIV
Je ne m'éloignerai en aucune façon de ces condîtions; au contraire, par leur exécution, se confirmeront l'amitié, la paix et le bien des sujets. Salut.
La lettre du chef marocain était assez vague. Le maréchal, selon son habitude, répondit d'une façon claire et non ambiguë.
Le mavccltal Bugeaiid à El-Ghennaoïd.
Sur la frontière, 18 juin 1844.
SaUit! Dans toutes tes lettres précédentes, tu nous as accusés d'avoir violé votre territoire et d'avoir enfreint les lois de la bonne amitié qui régnait entre nous. Cela veut dire que tu t'empresses de nous attribuer tout ce que tu as fait, pour que nous n'ayons pas à te le reprocher. Je n'ai pas l'habitude de toutes ces ruses de diplomatie. Je vais droit au but avec loyauté. Je suis un soldat qui obéit à son Roi et aux intérêts de son pays. Tu dis que tu veux encore le maintien de la bonne harmonie qui a toujours régné entre les deux empires. Je le veux autant que toi, mais il faut que nous nous expliquions nettement. Réponds moi aussi nettement ce que tu veux.
Nous voulons conserver la limite de la frontière qu'avaient les Turcs et Abdel-Kader après enx. Nous ne voulons rien de ce qui est à vous. Mais nous voulons que vous ne receviez plus Abdel-Kader pour lui donner des secours, le raviver quand il est presque mort et le lancer de nouveau sur nous. Cela n'est pas de la bonne amitié. C'est de la guerre et vous nous la faites ainsi depuis deux ans.
Nous voulons que vous fassiez interner dans l'ouest de
l'empire la deira et les chefs qui ont servi Abdel-Kader ; que vous fassiez disperser ses troupes régulières, goums et askers ; que vous ne receviez plus les tribus qui émigrent de notre territoire et que vous renvoyiez immédiatement chez elles celles qui sont réfugiées chez vous.
Nous nous obligeons aux mêmes procédés à votre égard, si Toccasion se présente. Voilà ce qui s'appelle observer les règles de la bonne amitié entre les deux nations. A ces conditions, nous serons vos amis , nous favoriserons votre commerce et le gouvernement de Muley-Abder-Khaman, autant qu'il sera en notre pouvoir. Si vous voulez faire le contraire, nous serons ennemis. Béponds-moi sur-le-champ et sans aucun détour, car je ne les comprends pas. Salut.
Il convient de se reporter aux temps assez difficiles et encore troublés que traversait la monarchie de Juillet pour bien se pénétrer de la situation respective du gouverneur général de nos possessions d'Afrique vis-à-vis la représentation nationale et les ministres du Roi. La correspondance de M. Guizot avec le maréclial témoigné de cette situation bizarre et de ces difficultés. Le tempérament du maréchal, il faut bien Tavouer, s'accomùiodait mal des nécessités, des contraintes parlen^entaires. Aussi, les conseils et les instructions ambiguës qu'il recevait du cabinet des Tuileries par l'intermédiaire du ministre de la guerre ou du ministre des affaires étrangères, n'étaient-ils pas toujours exactement suivis. Voilà pourquoi , dans les préliminaires de cette campagne du Maroc, ainsi que dans les résolutions prises, retrouvons-nous à chaque pas les traces non équivoques de l'initiative du gouverneur