‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 241 sur 294 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

général. Eloigné de France, séparé par la mer, il n'était pas possible, Teût-il même voulu, à un général en chef, chargera la fois d'intérêts politiques et diplomatiques, de consulter à toute heure du jour son gouvernement et de se dérober aux responsabilités. Le maréchal Bugeaud, d'ailleurs, ne reculait devant aucune initiative et les résultats de cette glorieuse campagne le démontrent suffisamment.

En cette occurrence, il faut bien Tavouer, le vieux maréchal fut admirablement secondé dans cette complicité patriotique par un des fils du Roi, le jeune amiral, prince de Joinville (1), qui commandait la croi-

(1) François-Ferdinand-Philippe-Louis-Marie d'Orléans, prince de Joinville, est le troisième fils du roi Louis-Philippe. Né à Neuilly en 1818, il reçut comme ses frères une éducation universitaire. Destiné à la marine, il fit en compagnie du capitaine Hernoux un voyage sur lés côtes d'Italie et de Rome, et se présenta à l'Ecole navale de Brest dans un examen public. Reçu élève, il fut assujetti à toutes les exigences du service, devint en 1836 lieutenant de vaisseau, rallia dans le Levant l'escadre de l'amiral Hugon et débarqua en 1837 à Bône, pour aller rejoindre devant Constantine son frère le duc de Nemours. — Malheureusement, quand il arriva, la ville venait d'être prise.

En 1838, lors de la gueire entre la France et le gouvernement mexicain, il montra, à bord de la corvette la Créole^ beaucoup d'audace et d'habileté en attaquant les batteries de Saint- Jean-d'Ulloa. Quelques jours*après il forçait les portes de la Yera-Cruz et prenait de sa main le général Aristâ. Ces prouesses lui valurent la croix de la Légion d'honneur et le grade de capitaine de vaisseau.

En 1840, il rnçut la mission de ramener de Sainte-Hélène les cendres de l'empereur Napoléon I''''. On se souvient que la guerre était imminente alors avec l'Angleterre ; le jeune prince annonça hautement sa résolution, dans le cas où son précieux dépôt serait attaqué, de le défendre jusqu'à la mort. — Après plusieurs croisières aux Etats-Unis, dans la Méditerranée, au Sénégal, Use rendit en 1848 à Uiu-Janeiro où il épousa, le 1<"^ mai, la princesse de Bi-agance, sœur de l'empereur (lom Pedro. — La mémo année, nommé contre-amiral, il assistait avec voix délibérative aux séances du conseil d'amirauté, et prit une part active aux travaux de la commission supérieure chargée de l'organisation de la marine & vapeur. Il siégeait en même temps à la Chambre des pairs. Au printemps de l'année 1841, il reçut le commandement de l'escadre d'évolution qui croisait sur les côtes du Maroc. Le 7 août, en vue de la flotte anglaise et de Gibraltar, il bombardait Tanger et s'emparait de Mogador, pendant que le maréchal Bugeaud livrait la bataille d'Isly. Le Roi le fit à cette occasion vice-amiral.

sière des côtes du Maroc. Le prince avait alors vingtsix ans. La vivacité de son intelligence, l'énergie et la décision de son tempérament, cet amour d'indépendance dont il ne se départit jamais, le sentiment de rhonneur très développé, l'attiraient naturellement vers l'ancien soldat d'Espagne.

Le prince de Joinville se trouvait à Alger avec son frère le duc d*Aumale, lorsque survint la fatale nouvelle de la révolution du *24 février 1848. Il remit son commandement aux autorités- républicaines et s'embarqua trop docilement , hélas ! pour l'Angleterre avec son frère le duc d'Anmale, malgré les supplications de l'armée et de la population algérienne. — H vécut dans la retraite jusqu'en 1861. Lorsque éclata aux États-Unis la guerre civile, il se rendit à New-York avec son fils le duc de Penthièvre et ses deux neveux le comte de Paris et le duc de Chartres, n les présenta au président Lincoln. Son fils entra . à l'École de marine des États-Unis, tandis que ses neveux étaient admis comme officiers dans l'armée. de terre et attachés & l'état-major du général Kac-Clellan.

£n 1870, lors de nos premiers désastres, le prince de Joinville s'adressa vainement & son ancien camarade l'amiral de Gtenouillj, ministre de Napoléon III, pour obtenir la faveur de servir la France. — La République du 4 septembre refusa, comme l'Empire, aux nobles princes d'Orléans l'honnenr de combattre les ennemis de la France, considérant leur présence sur le territoire comme un danger pour le Gouvernement. Avec son frère d'Aumale et ses neveux il reprit le chemin de l'exil. Mais au moment de la formation de l'armée de la Loire, il tenta de nouveau de servir dans les rangs français, sous le général d'Aurelle. Couvert du pseudonyme américain de colonel Lutherod, de même que son neveu le duc de Chartres, en Normandie, sous le pseudonyme de Robert le Fort, il assista aux combats du 15" corps, en avant d'Orléans, servit dans une des batteries de la marine et ne quitta la ville qu'avec les derniers soldats. Le 21 décembre suivant, présenté au quartier général du Mans par l'aminil Jaurès, commandant le 21* corps, il demanda & suivre les opérations en conservant le plus strict incognito. Le général Chanzy l'accueillit avec empressement, sous réserve d'en référer au ministre de la guerre. Mais l'avocat Gambetta ne crut pas devoir confirmer cette décision, il fit arrêter le 18 janvier le colonel Lutherod par un commissaire de police qui le retint cinq jours à la préfecture du Mans, puis l'embarqua ensuite à Saint-Malo pour l'Angleterre. ^ Les départements de la Manche et de la Haute- Marne envoyèrent le prince siéger à la Chambre (février 1871 ). Toutefois, il ne fut admis avec son frère MB' le duc d'Aumale que lorsque M. Thiers eut fait habilement consacrer son titre de président de la Ré* blique par la plusnaîve et la plus royaliste des Chambres françaises.

Le prince de Joinville, esprit très large, très patriote et fort libéral, n'a cessé, au temps même où son père était roi, de montrer une g^'ande indépendance et d'exprimer hautement sa pensée. Il a écrit sur la marine des ouvrages fort estimés. La fille de Msi* le prince de Joinville est M™« la duchesse de Chartres.

Page 1