‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 242 sur 294 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Combien devons-nous regretter, en ce moment, de ne point avoir sous les yeux l'intéressante correspondance échangée entre le prince de Joinville et le gouverneur général Bugeaud! Tous deux s'étaient compris à demi-mot. En présence des réticences, des hésitations, des complications, des atermoiements diplomatiques du cabinet des Tuileries, ils se jugèrent assez forts et assez sages Tun et l'autre pour agir dans un but commun et entamer ouvertement les hostilités.

Le prince de Joinville, aussi désireux que le maréchal d'agir vigoureusement, avait été jusqu'alors retenu par les instructions du Gouvernement qui lui recommandait à tout prix la modération. Une lettre du ministre contenait cette phrase : (C Tant que le pavillon (( de la France n'aura pas été insulté, vous ne devez pas agir, ))

Le jeune chef d'escadre transmettait cette partie de ses instructions au maréchal. Le maréchal dont le drapeau venait d'être, à plusieurs reprises, insulté par les Marocains, répondait au prince :

Depuis quand, Monseigneur, cherche-t-on à établir une distinction entre ]epavillo7i et le drapeau de la France? Gardezvous, mon Prince, de prêter l'oreille à de pareilles subtilités. Le drapeau de la France a été insulté, et vous et moi sommes cliargés de le faire respecter. Le soin de votre gloire, mon Prince, doit l'emporter sur la crainte de complications diplomatiques. N'écoutez que les inspirations de l'honneur dont vous êtes la personnification.

Pour toute réponse, le 10 août, le maréchal recevait

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une lettre du prince de Joinville qui lui annonçait que le 6, il avait bombardé Tanger sous les yeux des Anglais et qu'il allait bombarder Mogador.

Le maréchal lui répondit, sans hésiter, cette courte phrase :

Vous avez tiré sur moi une lettre de change, mon Prince, Soyez assuré que je ne tarderai pas à y faire honneur. Vive la France!

Et en même temps il lui envoyait le plan de la bataille d'isly, lequel fut, comme on le verra, ponctuellement exécuté au jour annoncé.

A bout de patience, ainsi qu'il a été dit, le maréchal était entré le 19 juin à Ouchda. La frontière était violée. La situation s'aggravant, TEmpereur ordonna à tous ses gouverneurs de province de faire une levée en masse. Abdel-Kader, de son côté, trompant la vigilance de nos avant-postes, pénétra dans le Djebel- Amour et chercha à soulever contre nous les tribus du Sud. Toutes restèrent fidèles ; l'Émir obtint seulement la promesse qu'elles rejoindraient l'armée du Maroc, lé jour oîi elle serait aux prises avec les troupes des Infidèles.

Le l""' juillet, sur les rives de Tlsly, les Marocains attaquèrent timidement notre arrière-garde, mais s'enfuirent aux premiers coups de fusih

Nos troupes remontèrent cette rivière le 11, et le 13 juillet nous tuâmes une cinquantaine de cavaliers des tribus marocaines, perdant seulement deux hommes et cinq chevaux. Le 19 les troupes françaises rentrèrent à Lalla-Maghrnia pour se refaire.

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