CHAPITRE XIV
En France , le Gouvernement, poussé par Topinion publique, se décida à agir. Malgré les jalousies presque menaçantes de l'Angleterre, M. Guizot, interpellé à la Chambre par la gauche et la droite unies dans un même sentiment, déclara son intention fermement arrêtée d'obtenir une juste réparation et et assurer la sécurité de nos possessions d'Afrique. Des instructions furent envoyées. Le prince de Joinville, qui croisait dans les eaux de Cadix à la tête d'une escadre volante, reçut Tordre de se rendre à Tanger pour y prendre et emmener en Espagne notre consul le comte de Nyon et nos nationaux. Avant de quitter sa résidence, M. de Nyon fit parvenir à la cour de Fez l'ultimatum adressé par le maréchal Bugeaud au caïd Si-El-Gennaoui.
Le gouvernement du Maroc répondit hypocritement en promettant a la punition exemplaire de tous les chefs marocains coupables d'aggression sur notre territoire, mais à la condition expresse que le maréchal Bugeaud serait destitué, en raison de l'occupation d'Ouchda ». Quant au sort réservé à Abdel-Kader, on y faisait à peine allusion en termes obscurs.
L'escadre française vint mouiller devant Tanger. La ville renfermait une nombreuse garnison et était défendue par de nombreuses batteries armées de 105 canons, servies par des déserteurs espagnols. Notre escadre se composait de trois vaisseaux de guerre : le Suffren^ le Jemmapes et le Triton; une frégate à voiles, la Belle-Poule; trois frégates à vapeur, le Labrador^ VAsmodée^ V Orénoque; quatre corvettes à va-
peur, le Pluton^ le Gassendi j le Veloce et le Cuviei^^ onze vapeurs de force moîndre, trois bricks de guerre, trois gabares, en tout vingt-huit bâtiments.
Le 6 août, à huit heures du matin, les navires prirent leur poste de combat, sans résistance de Tennemi, et sur le signal du Suffren^ le bombardement commença. Au bout d'une heure, toutes les batteries extérieures étaient détruites. Deux ouvrages résistèrent plus longtemps, la batterie de la kasbah et celle du fort de la marine ; mais bientôt les Marocains durent évacuer leurs derniers retranchements et se replier sur la ville. — A onze heures, le feu cessa, le prince commandant Tescadre avait exécuté les ordres des ministres : les fortifications extérieures étaient en ruines, la ville avait été respectée.
L'œuvre de destruction accomplie, l'escadre descendit dans TAtlantique, longea les côtes du Maroc, et, malgré le mauvais temps, vint mouiller devant Mogador le 11 août. L'état de la mer ne permit pas aux vaisseaux de prendre immédiatement Tordre de combat. Pendant trois jours, ils durent rester sur leurs ancres sans pouvoir communiquer entre eux. Enfin, le 15, le temps se mit au beau. Le Svffren^ le Jemmapes et le Triton ouvrirent le feu, tirant de plein fouet sur les fortifications et les ouvrages avancés. La Belle-Poule et les autres vaisseaux d'un tirage moîndre entrèrent dans le port, et attaquèrent les batteries de la Marine et celles de l'île défendant la passe.
Les Marocains ripostèrent d'abord avec vigueur, mais peu à peu, écrasés par les projectiles de Fescadre,