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CHAPITRE XIV

ils ralentirent, puis cessèrent le feu. Les batteries tombaient en ruines, les pièces étaient démontées, les artilleurs en fuite.

L'île seule tenait encore, défendue avec le courage du désespoir par un détachement de trois cent vingt hommes. Les vapeurs le Pluton^ le Gassendi et le Phare débarquèrent un détachement de cinq cents marins qui, sous une vive fusillade, enlevèrent la position et poursuivirent les défenseurs hors des derniers retranchements. Le lendemain une compagnie de débarquement acheva de ruiner les ouvrages épargnés par le canon. Toutes les pièces non démontées furent enclôuées, les poudres noyées, et toutes les marchandises qui se trouvaient à la douane brûlées ou jetées à la mer.

Voici en quels termes le prince de Joinville rendait compte au ministre de la marine du bombardement de Tanger.

Au vice-amiral baron de Macltau^ ministre de la ^Marine.

A lori du Pluton, 10 avril 1844.

Monsieur le Ministre,

N'ayant pas eu le temps, par le dernier courrier, de vous rendre un compte détaillé de Tétat de nos affaires, ainsi que de nos opérations devant Tanger, je profite d'un premier moment de loisir pour m'acquitter de ce devoir.

Je vous ai informé que le 2 août, jour fixé pour la réponse à l'ultimatum de notre consul général, rien n'était parvenu.

514 LE HARÉCHAL BUGEAUD.

J^attendais alors, pour commencer les actes hostiles, des nouvelles de M. Hay (l), consol anglais.

Le if une lettre de Sidi-Bousselam, pacha de Larache, nous fut envoyée plus mesurée, plus conciliante que les précédentes. Elle renouvelait cependant Tinsolente demande de la punition du maréchal. La lettre de Sidi-Bousselam ne disait pas un mot de la dislocation du corps de troupes réuni près de la ville d'Oachda. Quant à Abdel-Kader, Sidi-Bousselam assurait qu'il n'était plus sur le territoire marocain, et que des ordres étaient donnés pour Tempêcher d'y entrer.

Pourtant, à la même époque, on disait au maréchal qu'Abdel-Kader avait été interné et qu'il se trouvait à deux journées en arrière du camp marocain. Ces correspondances n'avaient donc qu'un but, celui de nous amuser.

Inquiet de ne rien savoir de M. Hay, j'avais envoyé à Babat un bateau à vapeur, le Véloce, avec mission de s'enquérir de lui et d'en rapporter des nouvelles. Le Véloce revint le 5 à Tanger, m'apportant la nouvelle que M. Hay était en sûreté à Mogador. Enfin, le 5 au soir, V Etna y venant d'Oran, m'a apporté votre dépèche du 27 juillet, m'ordounant de conmiencer les hostilités si la réponse à l'ultimatum n'était pas satisfaisante. Il nous a apporté aussi des nouvelles du maréchal prouvant la fausseté des assertions marocaines au sujet d'Abdel-Kader. H n'y avait plus d'h^itations possibles ; on nous abusait avec des notes trompeuses pendant qu'on préparait activement la guerre ; nous n'avions plus qu'à recourir à la voie des armes.

Le 6 au matin j'ai attaqué les batteries de Tanger.

(1) M. John Drummond Haj, consnl d* Angleterre au Maroc en 1844, sncoédait à Bon père M. Francis Hay. Aujourd'hui, en 1882, c'est encore M. Dmmmond Hay, fils de M. John Hay, qui représente l'Angleterre au Maroc avec une intelligence et un patriotisme derant lequel nous devons nous incliner.

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