CHAPITRE XIV
Mes instructions me prescrivaient de détruire les fortifications extérieures, mais de respecter la ville.
En faisant un débarquement, j^aurais pu facilement atteindre ce but, mais j'ai préféré agir avec le canon et mettre les batteries hors de service, en respectant le quartier des consuls où à peine cinq ou six boulets sont allés s'égarer. Ce résultat, nous l'avons atteint avec une perte de trois morts et de seize blessés. Les navires ont reçu quelques avaries légères.
L'ennemi accuse une perte de cent cinquante hommes et quatre cents blessés ; mais on ne peut savoir au juste le chiffre des morts, puisque, le 8, on était encore occupé à retirer les cadavres de dessous les décombres.
Pendant l'affaire, M. Haj est arrivé de Rabat où il s'était arrêté pour voir l'Empereur ; je l'ai reçu le lendemain.
Il m'a dit qu'il avait trouvé l'Empereur très abattu. La nouvelle du retrait des consuls lui était parvenue. M. Hay m'a remercié de la sollicitude que nous avions montrée à son égard.
Maintenant, je vais à Mogador, à l'autre bout de l'empire. Mogador est la fortune particulière de l'Empereur; outre les revenus publics, la ville est sa propriété; il en loue les maisons, les terrains.
C'est, en un mot, une des sources les plus claires de son revenu. Toucher à cette ville, la ruiner ou occuper l'île qui ferme le port jusqu'à ce que nous ayons obtenu satisfaction c'est faire à Muley-Abder-Rhaman et à tout le sud de son empire un mal sensible.
Je me bornerai, pour le moment, à ces deux opérations ; îi savoir : prouver k l'Empereur qu'il est délaissé de tout le monde, — l'affaire de Tanger l'a démontré, — ensuite que nous avons les moyens de lui faire du mal matériel. C'est ce que nous allons chercher à prouver à Mogador.
516 LE MÀK^CHAL BtTGEAUD.
En ontfe, notre apparition sur les côtes ramènera beanconp de monde de la frontière à la défense de lenrs foyers et dégagera d^antant le maréchal.
Nous pourrons alors avertir TEmperenr qne^ malgré ce qui s'est passé, nous voulons encore la paix. Ce que nous avons fait à Tanger et à Mogador doit lui prouver qu'il ne &ut pas jouer avec nous.
S'il veut la paîx^ qu'il se hâte d'accorder ce que nous
demandons et que les actes suivent les paroles. Sinon , 8*il
n'est pas content, s'il continue sur la frontière à accueillir et
à encourager nos ennemis, alors il faut qu'il s'attende à
tout de notre part.
François d'Orléans.
Avant de continuer le récit des opérations de terre, nous croyons devoir reproduire le rapport du prince de Joinville sur le bombardement de Mogador, qui suivit la bataille d'Isly.
Au vice-amiral baron de Mackau, ministre de la Marine.
A bord du Pluton. Mogador, 17 août 1844.
Je suis arrivé devant Mogador le 11. Le temps était très mauvais, et pendant plusieurs jours nous sommes restés mouillés devant la ville sans pouvoir commua iquer entre nous. Malgré des touées de 200 brasses de chaîne, nos ancres cassaient conmie du verre.
Enfin, le 15, le temps s'étant rétabli, j'en ai profité pour attaquer la ville.
Les vaisseaux le Jemmapes et le Triton sont allés s'embosser devant les batteries de l'Ouest avec ordre de les battre et de prendre & revers les batteries de la Marine. Le Suffren et la Belle-Poule- sont venus prendre poste