‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 247 sur 294 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

lie! Combien je voudrais partager les soins que tu donnes à ton excellente mère! Mais, chère amie, il n'y a pas moyen que je quitte avant qu'il y ait quelques arrangements pris avec le Maroc. Si, au lieu de cela, c'est la guerre absolue, je pourrai bien moins encore m'éloigner. J'ai la confiance que ce différend se terminera par l'intervention de l'Angleterre, aidée des leçons sévères que nous avons données aux troupes marocaines ; mais il faudra deux ou trois mois pour avoir une décision. Je ne puis donc vous voir avant votre départ, si, comme je veux l'espérer, vous partez le 15 juillet au plus tard.

Il faut donc qu'elle soit bien affaiblie, puisque tu juges qu'il faut vingt jours pour la mettre en état de supporter la mer! Oh! partez aussitôt que cela sera possible et ne revenez plus sous ce climat. Je vous rejoindrai à la fin de novembre. Je vous conjure de voyager dans votre voiture à petites journées avec vos deux femmes et Ambroise qui paiera en route et recommandera aux postillons de ménager la voiture. Vous enverriez les chevaux, haut le pied, par la traverse... Mais non, il faut les débarquer à Cette et ils s'en iront par Toulouse, Montauban, Cahors, Brives et Excideuil. Vos gros effets seraient mis à la diligence, jusqu'à Agen ou Toulouse, si vous en avez besoin en route.

Consulte les docteurs pour savoir si votre mère n'aurait pas besoin de prendre les eaux de Vichy.

Si quelque chose peut diminuer ma peine, c'est d'apprendre que Marie et Charles vont bien. Oh! que je serai heureux quand je saurai que ma bonne Elisa est rétablie.

II n'y a rien de nouveau dans notre situation. Les Marocains ne paraissent plus : ils sont, dit-on, campés h 4 lieues ouest d'Ouchda. Les tribus émigrantes paraissent désirer rentrer : ce serait une preuve qu'elles ne comptent plus

sur le Maroc. Trois de leurs chefs m'ont écrit hier pour me demander l'aman ; je les attends.

Ta mère a mon mandat de mai et un peu d'or. Si elle trouvait n'avoir pas assez d'argent, elle pourrait en de* mander à l'intendant ou au général de Bar. Je les rem- -bourserai en rentrant.

Fais mes amitiés bien empressées à la bonne M™^ de Bar. Je surs bien sûr qu'elle t'a aidée à soigner notre précieuse malade. Adieu, chère petite ; que les cinq mois qui nous séparent vont me sembler longs!

Ton meilleur ami,

BCGEAUD.

Avant de reproduire le rapport ofiiciel de la bataille d'Isly, nous pensons utile de publier ici une relation entièrement inédite de cette importante affaire. Les détails précis et intimes que, seul, M. Léon Roches pouvait fournir, donnent à ce récit un palpitant intérêt.

La bataille d'Isly, examinée au point de vue de la tactique militaire, fait certes un grand honneur à la petite armée qui y a pris part et à l'illustre capitaine qui la commandait. Elle est pourtant moins digoe d'admiration que la résolution même de la livrer, prise par le maréchal Bugeaud.

A l'appui de cette assertion, quelques explications succinctes sont nécessaires.

Malgré plusieurs combats meurtriers entre nos troupes et les troupes marocaines, rencontres dont la responsabilité incombait aux agents de l'empereur du Maroc, le gouvernement français, redoutant de graves complications avec l'Aogleterre, persistait & écrire, et au prince de Joinville

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