‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 248 sur 294 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

commatidant l'escadre qui croisait dans les eaux du Maroc, et au maréchal Bugeaud, que le pavillon français n'ayant pas été insulté, il n'y avait pas lieu à déclarer la guerre au Maroc.

L'inaction à laquelle cette raison politique condamnait notre escadre et notre armée encourageait l'audace du fils de l'Empereur qui, contrairement aux ordres de son père (nous en avons eu depuis la preuve dans les lettres de ce souverain que je trouvai moi-même dans la tente de son secrétaire à Isly), s'avançait vers l'Algérie avec l'intention formelle de nous chasser de Lalla-Maghrnia. Trompé par les rapports des personnages fanatiques qui l'entouraient, poussé, peut-être, par les agents d'Abdel-Kader, il osait même parler du projet de reconquérir la province d'Oran.

A la tête d'une nombreuse cavalerie régulière à laquelle étaient venus se joindre les contingents de toutes les tribus berbères et arabes qui occupent le vaste territoire qui s'étend de Fez jusqu'à Ouchda, Muley- Mohammed (héritier présomptif de Muley-Abder-Rhaman, empereur du Maroc), voyait augmenter chaque jour le nombre de ses soldats. Toutes les tribus marocaines voulaient prendre part à la guerre contre les Infidèles, et combien de tribus algériennes faisaient des vœux pour le succès de la sainte entreprise ! Que de protestations de dévouement arrivaient chaque jour à ce prince par les émissaires de ceux qui se disaient nos alliés I

Selon eux,' que pouvait la petite armée française contre les masses formidables de cavaliers intrépides conduits par le prince des Croyants? Le moindre revers essuyé par les Français eût été, il faut le dire, le signal du soulèvement général de tous les Arabes de l'Algérie.

En face de pareilles éventualitéis, ne serait-il pas téméraire

de tout remettre an sort d'une bataille? ne serait-il pas plus prudent de temporiser? Telle était la pensée secrète de plusieurs généraux, dont, certes, on ne pouvait mettre en doute ni le courage ni le patriotisme. Tel ne fat point Tavis du maréchal. Il comprit que roocasion se présentait de frapper un grand coup qui aurait le triple avanta^^ de mettre à jamais un terme aux projets ambitieux des souverains du Maroc, de consolider notre domination en Algérie et d'ajouter une belle page aux annales glorieuses de la France.

C'est alors que ce grand patriote, ce grand capitaine, écrit au prince de Joinville, l'adjurant de ne pas prêter Foreille aux conseils de gens plus préoccupés de ménager les susceptibilités d'une nation soi-disant alliée que de sauvegarder l'honneur de la France. Il ajoute qu'il n'y a pas de différence, selon lui, entre lej^avillon et le drapeau de la France, que ce drapeau a été insulté par les Marocains et que l'escadre et l'armée doivent, en dehors de toute considération politique, venger cet outrage. Qnelques jours après, le jeune prince lui annonce le bombardement de Tanger. « Mon Prince, lui répond le maréchal (le 12 août 1844), vous avez tiré sur moi une lettre de change, je vous promets d'y fidre honneur ; demain j'exécute une manœuvre qui me rapprochera, à son insu, de l'armée du fils de l'Empereur, et après-demain je la mets en déroute. y>

Dès le 10 août, le maréchal avait entre ses mains un travail que je lui avais remis et qui contenait des rensrîgnements aussi précis que possible sur l'emplacement du camp marocain, sur les diverses routes qui y aboutissaient, snr la composition de son armée, et enfin sur le nombre des cavaliers et des fantassins qui formaient l'armée du fils de TEm-pereur. J'ai conservé la minute de ce travail.

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