‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 250 sur 294 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

m une armée, lui n'a qu'une cohue. Je vais vous prédire a ce qui se passera. Et d'abord je veux vous expliquer « mon ordre d'attaque. Je donne à ma petite armée la forme « d'une hure de sanglier. Entendez-vous bien! La défense <L de droite, c'est Lamoricière ; la défense de gauche, c'est d Bedeau; le museau, c'est Pelissîer, et moi je suis entre « les deux oreilles. Qui pourra arrêter notre force de péné- « tration? Ah! mes amis, nous entrerons dans l'armée ma- « rocaine comme un couteau dans du beurre.

« Je n'ai qu'une crainte, c'est que, prévoyant une défaite, c( ils ne se dérobent à nos coups. i>

Comment pouvoir décrire l'enthousiasme soulevé par le discours du maréchal dont je rends le fond, mais qui perd cette forme originale que revêtait sa parole si bien faite pour remuer les fibres de ses soldats.

Le lendemain, toute l'armée connaissait le discours du punch, et s'identifiant avec l'âme de son chef, elle, comme lui, n'avait plus qu'une crainte, celle de voir se dérober les Marocains.

Chaque jour le maréchal ordonnait un fourrage. Tout ou partie de la cavalerie, appuyée par de l'infanterie, allait couper les blés, l'orge ou l'herbe nécessaire pour nourrir les chevaux et les bêtes de somme. Les Marocains qui nous observaient s'étaient habitués à cette opération qu'ils entravaient parfois, mais qui ne leur inspirait aucun soupçon sur nos intentions. Le 13, le fourrage se fit comme d'habitude, mais toute l'armée y prit part et, à la tombée de la nuit, au lieu de rentrer au camp, on resta sur place. Défense expresse d'allumer le moindre feu, et même de fumer. Chaque cavalier tenait son cheval par la bride.

A une heure du matin, toute l'armée se mit en marche, en

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gardant le plus profond silence, dans la direction da camp marocain. A six heures da matin, nous venions de gravir une colline qui nous séparait de rOued-Isly, quand apparut à nos yeux le camp marocain, que dis-je le camp, les camps marocains. Ils étaient au nombre de sept et occapaient un espace plus grand que le périmètre de Paris.

A cette vue tous les soldats poussèrent un hurrali formidable et jetèrent en Tair la canne qui sert à soutenir leur tente-abri pendant la nuit et leur sac pendant les haltes de jour. Ce liQU a été nommé le c Champ des cannes ». Les Marocains commençaient à peine & sortir de leurs tentes. L'alerte fut vite donnée. Bientôt nous les vîmes à cheval et un grand nombre s'avança pour nous disputer le passage de la rivière.

La petite armée française se remit en marche dans Tordre indiqué 2)ar le maréchal. Après le passage de risly, qui s'effectua avec un ordre parfait sans nous coûter trop de pertes, elle s'avança au travers des masses marocaines qui Tenveloppaient complètement, m Elle ressemblait, me disait <L un de nos cavaliers arabes, à un lion entouré par cent d mille chakals. y>

Les Marocains opéraient sur nos petits bataillons des charges composées de quatre ou cinq mille cavaliers. Nos fantassins les laissaient arriver à petite portée ; nos décharges de mousqueterie arrêtaient le premier rang et le refoulaient sur le second qui mettait tous les autres en désordre.

Pendant deux heures environ, ces charges se renouvelèrent avec le même insuccès, et toujours notre petite armée s'avançait sans que les fameuses dijfenseSy les généraux Bedeau et Lamoricière, fussent obligées de fidre former le carré à leurs bataillons ainsi que le maréchal en avait donné Tordre, au cas oii les charges des cavaliers marocains eussent

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