‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 251 sur 294 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

été mieux conduites. On pouvait très justement dire que nous essuyions une pluie de balles; en effet, dans les charges que la cavalerie ennemie exécutait sur une grande profondeur, le premier et le second rang ayant seuls un tir un peu efficace, tous les autres étaient forcés de tirer en l'air, et je n'exagère nullement en disant que tous, soldats, officiers et généraux, nous avons été atteints au moins une fois par des balles mortes.

Arrivé aux premières tentes, le maréchal voyant le désordre augmenter dans les rangs ennemis, lança sa cavalerie qu'il avait gardée jusque-là entre les deux oreilles de la hure.

Une partie des chasseurs d'Afrique, les spahis et les régiments de cavalerie arrivés l'avant-veille, sous les ordres de Yusuf et du colonel Tartas, envahirent le camp marocain et s'emparèrent de toute l'artillerie, quatorze pièces. Un combat très vif s'engagea autour de la tente du prince marocain. L'arrivée presque immédiate de notre infanterie compléta la déroute de cette immense armée que le maréchal avait bien nommée une cohue.

Je ne vous parle pas de la pointe du colonel Morris qui, poursuivant les fuyards à plus de six kilomètres au delà de l'Isly, se trouva, tout d'un coup enveloppé par six mille cavaliers. Il put les maintenir à distance avec ses cinq cents chasseurs, à force de sang-froid et de courage ; mais il fallut le coup d'œil du maréchal pour apercevoir, comprendre le danger de la situation et réparer cette impétuosité. Enfin, à midi, le maréchal faisait son entrée dans la magnifique tente du fils de l'Empereur et nous avalions avec bonheur le thé et les gâteaux préparés, le matin, pour ce malheureux prince.

Nous avions tué ou fait prisonniers douze ou quinze cents

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Marocains, sans compter, bien entendu, les morts et les blessés qni avaient été emportés par leurs camarades. Nous avions pris plus de mille tentes, tonte Tartillerie, nne graode quantité d'armes de toute sorte, plusieurs drapeaux et âiit un butin immense. Nous n'avions eu que deux cent cinquante hommes tués et blessés.

Quant à moi, j'avais fait la prise la plus importante, c'était la cassette renfermant toute la correspondance politique de l'Enipereur avec son fils. Nous aurons lieu de revenir sur cette intéressante correspondance.

Quelques mots encore sur les suites de la bataille.

Le fils d'Abder-Khaman, terrifié par cette sanglante et honteuse défaite ne s'était arrêté qu'à Théza, où le maréchal s'apprêtait à le poursuivre. C'était le ,bruit du moins que nous avions fait répandre par nos émissaires. U reçut l'ordre de son père de tâcher de suspendre la marche du maréchal, en lui faisant des propositions de paix. Le lendemain deux chefs, porteurs d'une lettre impériale, nous arrivèrent.

Chargé en campagne de traiter toutes les afiaires arabes , j'avais une tente beaucoup plus confortable que celle dn maréchal, et c'est dans ma tente que descendaient d'abord les chefs musulmans qui venaient le visiter.

C'est laque je reçus les deux chefs marocains. Je n'ai pas besoin de vous dire que je les laissai sous la salutaire impression de la crainte qu'ils avaient de ne pouvoir arrêter le maréchal dans sa marche sur Théza. Dieu sait, cependant, si nous avions h&te de rentrer, car nos soldats, soutenus par la surexcitation de l'attente d'un grand événem^t, commençaient à succomber aux chaleurs torrides et aux fatigues de cette rude campagne. Près de deux cents malades par jour entraient à l'ambulance.

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