CHAPITRE XIV
Après bien des pourparlers, des allées et des venues de ma tente à celle du maréchal, je dis à mes chefs marocains que le khalifa du roi de France, — c'était le titre que je donnais au maréchal quand je traitais avec les Arabes en Algérie, — consentait à les recevoir.
Quand ils entrèrent dans la tente du niaréchal, je leur fis encore attendre son arrivée et l'un d'eux me dit : « Mais quand nous mèneras-tu dans la tente du khalifa? i^
« Vous y êtes, lui-dis-je. » Ils ne pouvaient me croire, en face de l'extrême simplicité de la demeure du grand chef.
Le maréchal entra. Ils le saluèrent avjcc une contenance en même temps humble et digne. La question de l'armistice fut traitée. Les bases furent arrêtées et, à la fin de l'audience, je dis au maréchal, avec l'assentiment des chefs marocains, l'étonnement qu'ils avaient éprouvé en voyant la simplicité de sa tente.
Voici la réponse textuelle du maréchal :
a Vous direz à votre prince qu'il ne doit pas concevoir de honte de la perte de la bataille d'Isly, car lui, jeune, inexpérimenté et n'ayant jamais fait la guerre, avait pour adversaire un vieux soldât blanchi dans les combats. Dites-lui qu'à la guerre il faut toiyours prévoir une défaite et, par conséquent, ne jamais s'embarrasser d'objets de luxe et de bien-être qui peuvent servir de trophées à l'ennemi vainqueur.
€ Si le prince Muley-Mohammed s'était emparé de mon camp, il n'aurait pu se flatter d'avoir pris la tente d'un khalifa du roi des Français.
« Que mon expérience lui serve ! j>
Ces paroles graves et bienveillantes m'ont été rappelées depuis par plus d'un chef marocain.
LE MAUÉCUAL BUQEATID.
Voici le rapport envoyé par le maréchal Bageaud le lendemain de la bataille, le 17 août 1844.
Le -maréchal Bugeaud au maréchal duc de Dalmatie, viinistre de la Guerre.
Bivoiwc pti-s (le CouilLal, Abder-Blianwn, 17 août 1844.
Monsieur le Martîcliui,
Le fils de l'empereur Muley-Abder-Ebaman n'avait l)aH répondu ù lu lettre que je lui avais écrite après l'espèce de sommation qu'il me faisait d'évacuer L&lla-Maghmîa si