CHAPITRE XIV
Dans ce moment, des masses énormes de cavalerie sortirent des deux côtés de derrière les collines , et assaillirent à la fois mes deux flancs et ma queue. J'eus besoin de toute la solidité de mon infanterie : pas un homme ne se montra faible. Nos tirailleurs, qui n'étaient qu'à cinquante pas des carrés, attendirent, de pied ferme, ces multitudes, sans faire un pas en arrière ; ils avaient ordre de se coucher par terre afin de ne pas gêner le feu des carrés si la charge arrivait jusqu'à eux. Sur la ligne des angles morts des bataillons , l'artillerie vomissait la mitraille.
Les masses ennemies furent arrêtées et se mirent à tourbillonner. J'accélérai leur retraite, et j'augmentai leur désordre en retournant sur elles mes quatre pièces de campagne qui marchaient en tête du système. Dès que je vis que les efforts de l'ennemi sur mes flancs étaient brisés, je continuai ma marche en avant. La grande butte fut enlevée, et la conversion sur les camps s'opéra.
La cavalerie de l'ennemi se trouvant divisée par ses propres mouvements et par ma marche qui la coupait en deux, je crus le moment venu de faire sortir la mienne sur le point capital, qui, selon moi. était le camp que je supposai défendu par de l'infanterie et de l'artillerie. Je donnai l'ordre au colouel Tartas d'échelonner ses dix-neuf escadrons par la gauche, de manière à ce que son dernier échelon fiU appuyé à la rive droite de l'Isly.
Le colonel Ynsuf commandait le premier échelon qui se composait de six escadrons dQ spahis soutenus de très près en arrière par trois escadrons du 4^ chasseurs.
Ayant sabré bon nombre de cavaliers, le colonel Yusuf aborda cet immense camp après avoir reçu plusieurs décharges de l'artillerie. Il le trouva rempli de cavaliers et de fantassins qui disputaient le terrain pied à pied. La réserve
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des trois escadrons de chasseurs arriva ; nne nouvelle impalsioû fut donnée, Tartillerie fut prise et le camp enlevé.
II était couvert de cadavres d'hommes et de chevaux. Toute rartillerie, toutes les provisions de guerre et de bouche, les tentes du fils de TEmpereur, les tentes de tous les chefs, les boutiques des nombreux marchands qui accompagnaient l'armée, tout en un mot resta en notre pouvoir. Mais ce bel épisode de campagne «nous avait coûté cher : 4 officiers de spahis e.t une quinzaine de spahis et de chasseurs y avaient perdu la vie; plusieurs autres étaient blessés.
Pendant ce temps, le colonel Morris, qui commandait les 2® et 3* échelons, voyant une grosse masse de cavalerie qui se préparait de nouveau sur mon aile droite, passa Tlsly pour briser cette charge en attaquant l'ennemi par son flanc droit. L'attaque contre notre infanterie échoua comme les autres, mais alors le colonel Morris eut à soutenir le combat le plus inégal.
Ne pouvant se retirer sans s'exposer à une défaite, il résolut de combattre énergiquement jusqu'à ce qu'il lui arrivât du secours. Cette lutte dura plus d'une demi-heure; ses six escadrons furent successivement engagés, et à plusieurs reprises, nos chasseurs firent des prodiges de valeur; trois cents cavaliers. Berbères ou Abids-Bophari, tombèrent sons leurs coups.
Enfin, le général Bedeau, commandant l'aile droite, ayant vu l'immense danger que courait le 2' chasseurs, détacha le bataillon de zouaves, un bataillon du 15^ léger et le 9^ bataillon de chasseurs d'Orléans pour attaquer l'ennemi, du côté des montagnes. Ce mouvement détermina sa retraite.
Le colonel Morris reprit alors l'offensive et exécuta plu* «ieurs charges heureuses dans la gorge où l'ennemi se re-