CHAPITRE XIV
tirait. Cet épisode est un des plus vigoureux de la journée ; 550 chasseurs du 2®, combattirent 0,000 cavaliers ennemis. Chaque chasseur rapporta un tf-ophée de cet engagement : celui-ci un drapeau, celui-là un clievaJ, celui-là une armure, tel autre un harnachement.
• L'infanterie n'avait pas tardé à suivre au camp les premiers échelons de cavalerie ; l'ennemi s'était rallié en grosse masse sur la rive gauche de l'Isly et semblait se disposer à reprendre le camp. L'infanterie et l'artillerie le traversèrent rapidement ; l'artillerie se mit en batterie sur la rive droite et lança de la mitraille sur cette vaste confusion de cavaliers se réunissant de tous côtés. L'infanterie passa alors la rivière sous la protection de l'artillerie ; les spahis débouchent et sont alors suivis de près par les trois escadrons du 4® régiment de chasseurs et le 4*^ échelon, composé de deux escadrons du 1^^ régiment de chasseurs et de deux escadrons du 2° régiment de hussards aux ordres de M. le colonel Gagnon.
Les spahis, se voyant bien soutenus par la cavalerie et l'infanterie, recommencèrent l'attaque; l'ennemi fut vigoureusement poussé pendant une lieue, sa déroute devint complète. Il se retira, partie par la route de Thaza, partie par les vallées qui conduisent aux montagnes des Beni- Senassem.
Il était alors midi ; la chaleur était grande, les troupes de toutes armes très fatiguées. Il n'y avait plus de bagages ni d'artillerie à prendre, puisque tout était pris. Je fis cesser la poursuite et ramenai toutes les troupes dans le camp du sultan. I
Le colonel Yusuf m'avait fait réserver la tente du fils de l'Empereur. On y avait déposé les drapeaux pris sur l'ennemi au nombre de 18, les 11 pièces d'artillerie, le parasol d^
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commandement dn fils de l'Emperenr, et une foule d^antres trophées de la journée.
Les Marocains ont laissé sur le champ de bataille aa moins 800 morts, presque tous de cavalerie ; Tinfanterie, qui était peu nombreuse ^ nous échappa en très grande partie à la faveur des ravins. Cette armée a perdu en outre tout son matériel ; elle a dû avoir de 1,500 à 2,000 blessés.
Notre perte a été de 4 officiers tués, 10 antres blessés; de 23 sons-officiers ou soldats tués et de 86 blessés.
La bataille d'Isly est, dans Topinion de tonte l'armée^ la consécration de notre conquête de T Algérie ; elle ne pent manquer aussi d'accélérer beaucoup la conclusion de nos différends avec l'empire dn Maroc.
Je ne saurais trop louer la conduite de toutes les armes dans cette action qui prouve, une fois de plus, la puissance de l'organisation et de la tactique sur les masses qui n'ont que l'avantage dn nombre. Sur toutes les faces dn grand losange formé de carrés par bataillon, l'infanterie a montré un sang-froid imperturbable. Les bataillons des quatre angles ont été, tour à tour, assaillis par 3 à 4,000 chevaux à la fois, et rien n'a été ébranlé un seul instant ; l'artillerie sortait en avant des carrés pour lancer la mitraille de plus près ; la cavalerie, quand le moment a été venu, est sortie avec une impétuosité irrésistible, et a renversé tout ce qui se trouvait devant elle.
D'après tous les rapports des prisonniers et des Arabes qui avaient vu les camps de l'ennemi, on ne peut évaluer ses cavaliers à moins de 45,000. Ils se sont montrés très audacieux, mais la confusion rendait leurs efforts impuissants; les plus braves venaient se faire tuer à bout portant. Il ne leur manquait pour bien faire que la force dé l'ensemble et une infanterie bien constituée pour appuyef le mouvement.