CHAPITRE U
riverain de la Méditerranée. Le traité fiit néanmoins approuvé.
Le principal tort du gouvernement français dans cette circonstance fut de laisser les deux généraux Damrémont et Bugeaud dans Tignorance de leurs pouvoirs respectifs. Le général Bugeaud, tout en goûtant assez peu le gouverneur, son supérieur hiérarchique, agissait avec sa loyauté ordinaire lorsqu'il lui écrivait le 25 mai 1837 :
Nulle part, dans mes instructions, il n'qst dit que vous devez sanctionner la paix que je ferai et que, selon l'expression de votre lettre du 14 mai, je ne dois que préparer le traité. Si le gouvernement vous dit autrement, si vous avez des pouvoirs qu'on m'a tenus cachés, les quiproquos, les inconvénients qui sont survenus ne sont ni de votre faute, ni de la mienne; ils sont du gouvernement, qui n'a pas établi d'une manière nette et bien tranchée la séparation des pouvoirs... Que la faute soit rejetée sur ceux à qui elle appartient !
Dès son arrivée, le général Bugeaud lança un manifeste menaçant contre les tribus qui se montreraient hostiles à la France (1). Il fit en même temps son-
(1) n nous a été impossible de retrouver le texte de cette proclamation aux Arabes, soit & la Bibliothèque nationale, soit aux Archives du ministère de la Guerre. En mars 1837, le général avait soumis au ministre de la Guerre un projet de proclamation aux Arabes. Ce projet, qui fut approuvé, n'a pu être reti-ouvé au département de la Guerre. Il n'y avait pas de lettre d'envoi. En avril 1837, le ministre réclame la proclamation originale ; le général répond qu'il l'a envoyée à Paris et qu'elle est conforme d'ailleurs au projet soumis à l'approbation du ministre ; il ajoute qu'il a dû la faire parvenir aux Arabes par les espions et a les voleurs de chevaux ».
der Abdel-Kader, qui ne se montra pas hostile à la paix, mais sembla croire d'abord qu'il aurait affaire à deux négociateurs français, le général de Damrémont pour le Titery et le général Bugeaud pour Oran. Dans cette incertitude sur les pouvoirs du nouvel arrivé, il ne se pressa pas et se déroba même en se rendant au cœur de la province d'Alger. On voit en effet l'Emir à cette époque installer son propre frère bey de Milianah, arrêter à Medeah quatre-vingts Coulouglis influents et recevoir une députationde la ville de Blid'ah, encore française, destinée à demeurer telle, mais effrayée du voisinage immédiat du puissant Emir.
La présence d' Abdel-Kader au centre du Titery provoqua une insurrection des Issers à l'est de la Mitidjah et obligea le gouverneur général et son lieutenant, le général Perregaux, à faire une expédition sur l'Isser et à occuper Blidah. Dans cette campagne, un combat, glorieux pour nos armes, fut livré à Boudouaou (25 mai 1837).
La disparition temporaire de l'Emir laissait le général Bugeaud sans réponse aux premières propositions pour lesquelles il avait recouru à l'entremise du juif oranais Ben Durand, sur lequel nous aurons occasion de revenir. Le général, impatienté, et quoique désireux de faire la paix selon ses instructions, entra en campagne. Parti d'Oran à la tête de 9,000 hommes, il se dirigea sur TIemcen, dont il compléta le ravitaillement, puis sur laTafna, qu'il atteignit le 23 mai. Toutes ces marches en l'absence de l'Emir s'étaient effectuées sans autre incî-