CHAPITRE II
dent que l'échange de quelques coups de fusil avec les tribus.
A la nouvelle de ces incursions, rÉmir revint rapidement. Les négociations au moyen de Ben Durand se renouèrent. Abdel-Kader, toujours hésitant sur la compétence de Bugeaud à disposer du Titery, se décida, en présence des conditions inespérées qu'il se vit faire, à entrer en pourparlers.
Par ce traité, le sultan arabe était reconnu souverain indépendant, il obtenait la cession de tout l'intérieur des provinces d'Oran et du Titery et même le district et le port de Cherchell, qui lui donnait accès à la mer. En outre, une clause fort importante pour lui au point de vue religieux lui était accordée, la dispense du tribut.
La lettre suivante, commentaire des traités, donne sur les détails de cette négociation des éclaircissements d'un grand intérêt, et qui mettent en relief les qualités du général Bugeaud :
Le général Bugeaud au comte Mole, ministre des Affaires
étrangères.
Au camp de la Tafna, le 29 mai 1837.
Monsieur le Ministre,
J'ai toujours pensé que dans les circonstances graves un général ou un homme d'État doit savoir prendre sur lui une grande responsabilité, quand il a la conviction qu'il sert bien son pays. Ce principe gravé depuis longtemps dans mon esprit, je viens d'en faire l'application. J'ai cru qu'il
62 LE MARl^CHAL BUOEAUD.
râlait de mon devoir comme bon Français, comme sujet fidèle et dévoué du Boi, de traiter avec Abdel-Kader, bien que les délimitations du territoire fassent différentes de celles qui m'ont été indiquées par M. le ministre de la Guerre.
Je me suis dit que le ministre et ses bureaux ne pouvaient juger les nuances de la question comme moi qui suis sur les lieux, en présence des difficultés. J'ai d'ailleurs reconnu, par la dépêche du ministre de la Guerre du 18, que l'on était encore dominé à Paris par des idées qui pouvaient être justes il y a un an ou dix-huit mois, mais qui ne sont plus aujourd'hui en rapport avec les circonstances.
Je vous ai fait connattre par ma dépêche du 27, qui a passé par l'Espagne, le peu d'importance que j'attachais à ne donner à Abdel-Kader que telle ou telle portion du territoire ; que même je trouvais des avantages à lui céder plus , parce qu'il nous offrait plus de garanties de sécurité et plus d'avantages commerciaux que des beys sans influence que l'on voudrait établir entre l'Elnir et nous. C'est cet ordre d'idées qui m'a déterminé à outrepasser mes instructions. Pour tout le reste, les conditions sont ou égales ou supérieures à celles qui étaient approuvées par le ministre de la Guerre.
Je réserve à la France Mostaganem et son territoire, afin de n'abandonner aucun point de la côte, et cependant les instructions m'autorisaient à me borner aux marais de la Mac ta.
J'acquiers sur la côte un nouveau point de commerce assez important à l'embouchure du Rio-Salado, qui est meilleur que celui de la Tafna; enfin j'obtiens une indemnité de guerre en denrées qui pourra nourrir dix mille hommes et mille chevaux à Oran pendant plus d'une année.
H n'y a donc que sur le point seul de la délimitation que je suis resté au-dessous des prescriptions. J'espère que le gouvernement jugera que ce point seul ne devait pas faire