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CHAPITRE XV

Le maréchal Dugeaud à M"^ Léonie Bugeaml,

à ExcideuiL

Alger, le 1«»" novembre 1844.

Chère et bonne Léonie,

C'est à toi que je veux apprendre cette fois que je suis rentré à Alger, triomphant des Kabyles de l'est de l'agalik de Dellys, qui avaient résisté à la colonne du brave général Comman. Je suis surtout heureux de ce prompt succès parce qu'il me rapprochera de toi et de tout ce qui m'est cher. Je partirai le 15 décembre ; j'irai droit à Paris, j'y resterai ciuq ou six jours et je volerai près de vous ; puis nous reviendrons à Paris ensemble, et si vous avez le courage de me suivre en Afrique jusqu'en mai, j'en serai bien heureux. En attendant, combien je désire te presser dans mes bras et causer avec toi de ton avenir qui m'occupe sans cesse.

Le courrier de France arrive et repart à l'instant. Je reçois la lettre de ta mère du 24. Je lui répondrai le 10.

Adieu, tendre fille ; jamais on n'a aimé plus que je t'aime.

Maréchal Bugeaud.

Le Roi voulant récompenser le vainqueur d'Isly, déjà élevé à la plus haute dignité militaire, lui avait conféré, le 18 septembre, en souvenir de cette bataille mémorable, le titre de duc d'Isly (1).

Partout, en France comme en Algérie, la nou-

(1) Voir, tome I^*", la singulière réponse du maréchal à Tenvoyé du ministre (jui lui apportait le décret et la quittance des droits du sceau.

velle do nos succès avait été accueUlie avec eiitliousiasme.

La société agricole de l'Algérie, au nom de la population civile delà colonie, Paris , Périgueux , demandèrent au Gouvernement Tautorisation d'offrir par souscription volontaire une épée d'honneur (1) au maréclial duc d'Isly. Le Roi, par une double ordonnance du 13 novend)re 1844, accéda à ce vœu et permit au maréchal d'accepter ce témoignage de l'estime et de la reconnaissance publique.

Nous trouvons dans un journal du temps le récit saisissant (2) de hi réception des chefs arabes qui eut Heu ai)r('s la bataille d'Isly, dans le palais du Gouver-

(1) L'épée d'honiiuur offerte au maréchal gouverneur par la population algérienne lui fut remise le 81 mars 1815, & «oa retour de France. En voici la descrii)tion donnée par le Moniteur nlgn-ien :

d La Lime est en damas de M. le duc de Luynes, et a été fabriquée dans les ateliers de M. Lepage, arquebusier du Roi. La ]>oignée, la garde, la coquille sont en or. Sur un côté de la poignée est un ])almier sur lequel repose le bâton de maréchal de France, et de l'autre côté figurent l'aloês, l'olivier, le iSguier,

a Sur la traverse de hi garde est une plante de tabac et sa fleur ; wur la branche de garde une demi-ligure surmontée d'un rameau d'olivier et soutenue par un rameau de laurier.

(f Le iK>mmeau porte, d'un côté, le plan gravé de la bataille d'Isly ; de l'autre sont les anncs du maréchal avec une couronne d'olivier et de laurier ; le tout surmonté de la couronne duc;ile. La coquille offre remblèmo de la prospérité de l'Algérie. Le pays est représenté ])ar une femme assise tenant à la main une branche de i>almier, ayant à sa gauche un colon entouré de gerbes et d'instruments Hi-atoires ; à sa droite un Arabe appuyé, non plus sur ses armes, mais sur une bêche, aj'ant devant lui une ruche d'abeilles.

<( Sur la bordure de la coquille on lit ces mots : V Algérie reconnalnante.

(( La lame porte en lettre» d'or d'un côté : Leê habitante de V Algérie à leur goHrertieur gnii'ral le marvchal Btigeand, dur. d'Tsig,

<(. On lit de l'autre côté : Kn,te et arutro, devise du maréchal, également en lettres d'or, avec trophées et ornements ciselés en relief.

(( Le fourreau est en maroquin. Le coffre qui renferme répée est en citronnier de Blidah. »

(2) Cette relation pleine de i)ittoresque et de saveur orientale est l'œuvre de M. Léon Roches, (^ui mieux (^ue personne était à même de la retracer.

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