CHAPITRE XV
nement. Cette scène grandiose, dont un témoin oculaire, M°*® de Bar, veuve du général de Bar, nous narrait dernièrement les détails, fut émouvante et superbe et rappelait, disait-elle, une a scène d'Homère ».
Depuis cinq mois, M. le maréchal gouverneur général était absent d'Alger. L'événement le plus capable d'ébranler la soumission des tribus de l'Algérie venait d'avoir une heureuse issue : le grand Empereur et Sheriff vaincu dans trois rencontres venait de demander et d'obtenir la paix. Il était politique de rassembler tous les chefs de la province d'Alger, pour célébrer de si beaux triomphes et de si heureux résultats.
L'ordre fut donc donné à tous les khalifas, agas et kaïds de la division de se rendre à Alger.
En effet, le samedi, 21 septembre, on vit successivement s'élever sur le champ de manœuvres de Mustapha les tentes de ces chefs, qui, tous fidèles au rendez-vous, arrivaient montés sur leurs plus beaux chevaux et revêtus de leurs plus riches vêtements.
M. le maréchal avait ordonné que dimanche on enverrait à Mustapha-Pacha la garde nationale d'Alger et de la banlieue ainsi que les troupes de toutes armes qui formaient la garnison de notre ville.
A deux heures, cent cavaliers environ entrèrent par la porte Bab-Azoun pour venir prendre M. le maréchal et l'accompagner jusqu'au lieu de la revue.
Vingt-quatre agas et vingt-quatre kaïds, marchant par quatre, ouvraient le cortège, le fusil haut et revêtus de leurs burnous d'investiture de couleurs éclatantes, le bas de la figure recouvert par un pli de leur kaïk, en souvenir de
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la visière. Ils ressemblaient à aatant de chevaliers dn moyen âge faisant une entrée triomphale.
Après eux, marchaient les trois khalifi» des Hadjontes, de Sebaon et de Laghoaat, suivis de leurs drapeaux, de leur musique et enfin le cortège était terminé par le reste des cavaliers.
Arrivés sur la place, ils se mirent en bataille.
Lorsque M. le maréchal , suivi de son état-major, s'avança vers eux, ils mirent tous spontanément pied à terre et se précipitèrent vers lui. Les uns lui baisaient la main droite, tandis que d'autres s'emparaient de sa main gauche et se la disputaient.
€ Grâces au ciel, tu nous es revenu bien portant et victorieux, disaient-ils tous ; grâces au ciel, tu mérites le bonheur et la victoire, car tu es bon et juste. y>
Le cortège se dirigea dans le même ordre qn*il était venu vers Mustapha-Pacha et là les Arabes se rangèrent sur une seule ligne faisant face à la troupe. A la gauche se trouvait Si-Mohamed-ben-Mahhi-ed-Din, khalifade Sebaou; après lui, Sid-Âhmed-ben-Salem, khalifa de Laghouat ; à la gauche de ce dernier le jeune Ali-ben-Zaamoum, aga des Flissas, accompagné des kaïds des Kabyles et de Taga de Taourga. Puis venait le khalifa Sid-Ali-Onrd-Sidi-Lekhal, de la grande famille des Ouled-Sidi-Embarek, khalifa des Hadjoutes, suivi des gonms de ces mêmes Hadjoutes de Djendel, de Bou-Halouan, de Beni-Zug-Zug et de leurs agas. Plus loin, le goum du Titery, Tell et Désert, le goum des Oulad- Ayed, aga des Beni-Menasser, Taga du Zatima. La droite de la ligne était occupée par les goums des Isser-^hachena, Beni-Mousse, Beni-Khelil et le makhzen des Aâribs.
Il y avait en tout de 7 à 800 cavaliers. Après avoir passé la revue des troupes, M. le maréchal parcourut la ligné des