CHAPITRE XV
Arabes : chaque agalik faisait feu de tous ses fusils à son passage.
A un ordre donné, tous formèrent le cercle autour de M. le maréchal. Le pins grand silence s'établit, aussitôt qu'ils virent que leur chef allait parler.
M. le gouverneur général leur fit dire par son interprète, M. Léon Roches, les paroles suivantes :
<r En vous voyant réunis autour de moi, j'éprouve la satisfaction d'un père qui se trouve au milieu de ses enfants dont il a été longtemps séparé. Malgré mes nombreuses occupations, malgré la nécessité de votre présence dans votre pays, je n'ai pu résister au bonheur de vous témoigner moi-même ma satisfaction.
« Oui, vous avez été fidèles à cette promesse de soumission et d'obéissance que vous m'avez faite ; vous avez été sourds aux perfides conseils de nos ennemis et des vôtres ; vous avez payé vos impôts, vous avez marché avec nos colonnes, vous vous êtes montrés dignes de toutes nos sollicitudes. Je vous le répète, je vous considère comme mes enfants.
« J'exige que ceux d'entre vous qui auraient été victimes de quelque injustice, que ceux d'entre les chefs qui désirent apporter des améliorations dans leur tribu, que tous ceux enfin qui ont dans le cœur une peine ou une pensée à faire connaître à leur sultan viennent à moi. Demain ma journée sera consacrée à les écouter.
« Je vous ai aussi réunis pour que vos oreilles entendent de ma bouche le récit véridique de la lutte dans laquelle les Maugrebins ont été punis de leurs injustes prétentions.
a Je ne me suis jamais écarté de la justice, de la vérité et de la bonne foi, et Dieu m'a donné la victoire, car Dieu ne fait jamais triompher que les justes, de quelque religion qu'ils soient. »
556 LE MARlScHAL BUGEAUD.
Après le récit saccinct des affaires da Maroc, le maréchal termina en ces termes :
a Aujourd'hui que la paix est signée avec l'Empereur de l'Ouest, aujourd'hui qu'Abdel-Kader erre dans son empire, où il ne tardera pas à être pris et gardé, je vais, plus encore que je n'ai pu le faire par le passé, songer à votre bienêtre. Mes troupes, au lieu de combattre et de faire des razzias, vont ouvrir des routes, faire des barrages et construire des ponts ; moi-même, j'irai vous visiter sous vos tentes, m'enquérir de vos besoins et de vos misères ; j'irai moimême diriger votre agriculture, car la charrue comme le fusil honorent la main de l'homme. Que Dieu vous tienne toujours en garde contre de fausses idées de révolte ; qu'il vous détourne d'attirer sur vous des malheurs irréparables ; qu'il vous inspire l'obéissance aux maîtres qu'il vous a donnés dans sa haute sagesse, et bientôt vous aurez réparé les malheurs de la guerre, et bientôt vous apprécierez les avantages d'un gouvernement juste et paternel. »
Une décharge générale de tous les fusils des assistants et des cris de AUah itoûl eumrou! (1) témoignèrent de l'impression qu'avait produite la parole de M. le gouverneur général.
Aussitôt après, le terrain fut livré au jeu de la poudre que nous appelons maintenant la Fantasia, Qi tous les cavaliers, les chefs en tête, vinrent rivaliser d'adresse devant M. le maréchal, son état-major et les innombrables spectateurs qui animaient cette fête. Pas un accident ne fut à déplorer, tout se passa dans un ordre admirable.
Le lendemain, la journée entière fut consacrée à écouter les réclamations de ces nombreux visiteurs. Plus de cent d'entre eux reçurent des cadeaux proportionnés àleur impor-
( 1 ) a Que Dieu prolonge ses jours ! j>