‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 268 sur 294 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

« Fethka (action d'implorer Dieu en ouvrant les mains en face de la bouche), ce Que Dieu donne toujours la victoire au sultan des Français, qu'il punisse de sa colère tous ceux qui sont ses ennemis , qu'il élève et qu'il chérisse ceux qui sont ses amis, qu'il extermine les traîtres, qu'il donne les biens de ce monde et de l'autre à ceux dont l'intention est pure! — Fils des Ouled, Sidi-Embarek! mets le sceau à cette prière. »

Et le khalifa Sid-Ali répète à haute voix : « Que Dieu donne toujours la victoire au sultan des Français! d Et tous les assistants en élevant les mains répétèrent : <c Que Dieu donne toujours la victoire au sultan des Français ! »

L'aga Ghobrini continua : (( Que Dieu prolonge les jours de notre seigneur le' maréchal; qu'il rende son bras toujours aussi fort et toujours aussi secourable ; qu'il le laisse longtemps le souverain de notre pays, car il est juste autant qu'il est courageux; qu'il augmente sa gloire, son bonheur et ses richesses! - — Sidi-Lekhal, fils de Sidi-Embarek, mets le sceau à cette prière. y>

Et comme pour la première, les phrases de la seconde prière furent répétées par le khalifa de Sebaou et par tous les assistants.

Jamais, depuis quatorze ans, pareilles démonstrations n'avaient été faites, et jamais un khalifa ou marabout n'avait osé mêler le nom des chrétiens dans ses prières que pour les maudire. Aussi, ceux qui priaient avaient-ils l'air de comprendre toute l'importance d'une profession de foi aussi solennelle.

Depuis longtemps, nous fréquentons les Arabes, depuis longtemps nous assistons à ces fêtes, à ces réceptions, mais jamais, nous l'assurons, nous n'avons remarqué autant de franchise, autant de détermination dans l'expression du dé-

vouement des Arabes à notre gouvernement. Nous avons cru longtemps que la force seule faisait courber la tète de ces hommes farouches et indomptables et qu'ils resteraient in* sensibles à nos procédés et sourds à la voix de la civilisation. Eh bien! nous avons conçu maintenant quelque espoir. Oui 9 en joignant à la force matérielle une sage administralion, en nous occupant avec sollicitude des intérêts généraux et particuliers, en prêchant d'exemples à un peuple qui ne croit que lorsqu'il voit, nous avons lieu de croire que nous en viendrons à vaincre les antipathies qui existent entre les Arabes et les Français, de manière à arriver plus tard à une assimilation du peuple conquis au peuple conquérant.

Le grand peintre officiel , Horace Vernet, qui avait déjà orné le musée de Versailles du tableau FUnlèvement de la Smalah^ ayant adressé au maréchal une esquisse de son tableau, la Bataille cCIsly^ afin qu'il pût contrôler l'exactitude de l'ensemble , reçut de ce dernier la lettre suivante :

Le maréchal Bngeaud à M. Horace Vernet.

Alger, novembre 18i4.

Cher Monsieur, pendant que nous nous efforçons, ici, de doter la France d'une riche et glorieuse conquête, vous écrivez notre histoire avec vos habiles pinceaux et la postérité, en admirant vos toiles palpitantes, appréciera bien mieux nos hauts faits d'armes qu'en lisant les froides relations des écrivains de notre époque.

Je vous remercie de vos nobles travaux, en mon nom

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