CHAPITRE XV
et au nom de cette armée d'Afrique aux exploits de laquelle vous avez fait si souvent assister les tranquilles bourgeois de Paris.
J'ai vu l'esquisse de votre tableau de la Bataille ctlsly; j'y ai pris une faible idée de cette magnifique composition que je compte bien un jour aller admirera Versailles ; mais j'espère alors reconnaître, à côté de mon brave Léon Roches, mon officier d'ordonnance le commandant Rivet, qui mérite si bien d'être placé en première ligne sur les tableaux de nos faits d'armes, car c'est la place qu'il sait toujours occuper sur le terrain.
Du reste, vous écrivez l'histoire, et Daumas, — que vous avez mis à la place du commandant Rivet, — n'assistait pas à la bataille d'Isly, car il me rendait ailleurs des services bien importants.
Recevez, mon cher Monsieur, l'assurance de mes meilleurs sentiments.
Maréchal Bugeaud.
A peine rentré à Alger, le maréchal eut de nouveau à s'occuper des Kabyles de Dellys, dont il avait été forcé de s'éloigner, un peu à la hâte, au printemps précédent, pour accourir sur la frontière du Maroc. Ben Salem, redevenu entreprenant, depuis qu'il sentait le danger éloigné, était sorti de sa retraite, soutenu par Bel Cassem. Vers la fin de septembre, le général Comman fut envoyé dans ce district avec une colonne de 3,000 hommes environ. Le 17 octobre, il se trouva sur le territoire des Flissa-El-Bahr, en face d'un rassemblement considérable de Kabyles, près Tlélat. Il y eut un engagement sérieux et fort meurtrier pour
nous, et le j::éiiéral se replia sur Dellys où il arriva le 19. Le maréchal, eu eflfet, était accouru, et le lendemain il se trouvait eu présence de 4,000 Kabyles l)lacés sur les côtes boisées et rocheuses qui dominent TAbizzar, position formidable qu'il fallut attaquer sans hésitation. Son audace lui réussit. Sa présence décuple Tentrain des troupes, et l'ennemi est successivement délogé de ses crêtes abniptes sur une ligne de plus d'une lieue. L'armée, sur ce champ de bataille, lequel, d'après un témoin oculaire, représentait admirablement le chaos, fut admirable i)ar son élan et son énergie.
Le 29, l'agalik de Taourga étant entièrement soumis, le maréchal rentra à Alger.
La tranquillité se trouva ainsi momentanément assurée. Elle régnait depuis plusieurs mois dans la province de Constantine, dont le duc d'Aumale avait remis, au mois d'octobre, le conmiandement au général liedeau, remplacé à Tlemcen parle général Cavaiguac.
Quant à Abdel-Kader, il attendait patiemment au Maroc, à quehjues lieues de nos frontières, que les événements le remissent en scène. C'est en vain que l'empereur Muley-Abder-Rhaman lui avait enjoint de se rendre à Fez. L'Emir ne tint pas compte de l'injonction.
Le duc d'Aumale avait quitté l'Algérie le 14 octobre. Le gouverneur général le suivit de près. Il remît le connnandement des troupes ùt ses pouvoirs au général de Lamoricicre, commandant de la division d'Alger, et s'embarqua jiour Marseille, le 16 novembre, à bord de la frégate ti vapeur le Montézuma.