‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 28 sur 294 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

échouer un traité qui nous donnera sur-le-champ des relations faciles et sûres dans la plus grande partie de la Régence ; qui établira la sécurité agricole dans la plaine de la Mitidjah et dans la zone d'Oran ; qui fera cesser l'effusion du sang de nos soldats, permettra de fonder enfin quelque chose pour la colonisation, pour notre établissement solide sur la terre d'Afrique, et fermera la porte aux sacrifices pécuniaires qui faisaient chaque année l'objet de vives discussions dans les Chambres.

Bientôt, je l'espère, l'abaissement du prix des denrées permettra de fournir les troupes qu'on pourra maintenir dans la Régence, à meilleur marché qu'en France, et les droits de douane, les gains de commerce commenceront, dès cette année, à nous rémunérer des dépenses que nous avons faites.

Je m'attends à ce qu'on me dira : « Mais ne sont-ce pas là des illusions? Qui vous garantit la sincérité d'Abdel- Kader? Êtes-vous assuré qu'il exécutera bien le traité, et qu'il vous donnera la sécurité commerciale et agricole sur votre territoire et sur le sien ? j>

Je réponds que la connaissance que j'ai acquise du caractère religieux et sincère de l'Émir, comnie de sa puissance sur les Arabes, me donne la conviction profonde que toutes les conditions seront parfaitement exécutées ; je me rends garant de l'Emir, et je prouve la foi que j'ai dans sa / parole par la grande responsabilité que j'assume sur ma tête.

Je l'avouerai cependant, une seule pensée m'a fait hésiter : il faut, me suis-je dit, trois semaines ou un mois, avant que ce traité puisse être autorisé par mon gouvernement. Cet espace de temps est le plus propre à la guerre contre les Arabes : ce sera une campagne à moitié manquée; que pensera-t-on de moi comme militaire ? Voilà comment j'ai vaincu

ces scrupules : j'ai d'abord envisagé tout ce qu'il y aurait de barbare, de déchirant à incendier les moissons d'un peuple qui ne demande pas mieux que de traiter et avec qui j'ai traité. Et puis j'ai considéré que la campagne serait encore très profitable en juillet, qui sera, cette année, la véritable époque des moissons de froment ; que, d'ailleurs, je trouverai dans les silos les orges moissonnées en juin, et que, si la campagne commence plus tard, elle pourra se prolonger plus longtemps, puisque jusqu'au P' juillet nous conserverons intacts notre cavalerie, nos transports et la santé de nos soldats.

Mais fallût-il perdre toute la campagne, serait-ce encore une considération suffisante pour ne pas essayer d'un nouvel état de choses, qui doit nous donner, selon moi, tous les avantages que j'ai énumérés ? Si le traité, mal exécuté, ne remplit pas nos espérances , ne pourrions-nous pas fidre, l'année prochaine, ce que nous voulons faire cette année? Les Arabes le redouteront, car ils avaient parfaitement compris toute la puissance dévastatrice d'une colonne organisée comme la mienne. Ils disaient hautement, et les envoyés d'Abdel-Kader eux-mêmes, qu'ils savaient bien qu'ils ne pourraient pas me résister et m'empêcher de brûler leurs moissons ; mais qu'ils fuiraient vers le désert où ils avaient des provisions en réserve, et qu'ils reviendraient quand la lassitude nous forcerait à rentrer dans nos places.

On me dira peut-être : « Comment avec de tels avantages n'avez-vous pas pu limiter Abdel-Kader dans la province d'Oran ? d J'ai fait, malgré l'opinion que j'ai déjà émise, tout ce qu'il était humainement possible de faire pour atteindre ce but, et j'aurais obtenu d'Abdel-Kader, livré à lui-même, quelques concessions. Mais les autres chefs et les marabouts se sont écriés plusieurs fois qu'ils aimaient mieux

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