CHAPITRE XV
peu de monde qui lui restait et qu'il s'est enfoncé dans Tintérieur de l'empire. Voilà, Messieurs, votre bilan algérien !
Avant de rentrer à Paris, le maréchal voulut aller embrasser les siens à la Durantie. En traversant Périgueux pour gagner la capitale, il dut recevoir les hommages enthousiastes de ses compatriotes. Plusieurs banquets lui furent offerts ; réceptions officielles, ovations , discours, aubades, arcs de triomphe, rien ne lui fut épargné. L'ivresse était générale et toutes les opinions se réunirent pour fêter l'arrivée du maréchal dans sa bonne ville de Périgueux.
Nous ne citerons ni les toasts du préfet, M. de Marcillac, ni du maire, M. de ïrémisot; nous retenons seulement une des nombreuses réponses du maréchal.
Messieurs,
Vous me faites plier sous le poids des honneurs! Vous me touchez au cœur, vous m'enivrez ! A peine revenu des émotions que m'a causées le brillant accueil que j'ai reçu à Marseille, je me suis trouvé au milieu des fêtes qu'on a organisées à Excideuil.
J'ai quitté cette ville ce matin ; les laboureurs des campagnes sont accourus sur ma route ; ils ont voulu me voir, me complimenter. J'arrive ici, au milieu d'une population en fête qui m'attendait avec de nouvelles ovations. J'y ai reçu
à la prospérité de l'Algérie étaient fondées, il n'en n'était pas de même en ce qui concernait la soumission du pays et la retraite d'Abdel- Kader. On verra au tome III quels efforts restaient à faire à notre valeureuse armée pour détruire la puissance de l'infatigable Emir. La campagne de 1845 et 1846, en effet, fut peut-être la plus pénible de la conquête de TAlgérie.
les hommages des autorités , de la garde cationale, de la corporation des ouvriers. On m'a conduit dans les banquets oh la population industrielle était en majorité, et j*ai pu, enfant de mes œuvres, fraterniser avec les enfants dn peuple. J'arrive ici au milieu de cette cité où. je reçois de nouveaux hommages, de nouveaux honneuri}. C'en est troj)!' Ah! vraiment, il y a de quoi faire perdre la raison! Mais, je le sens, une grande partie de ces manifestations s^adresse à cette armée d'Afrique, si vaillante, si éprouvée, et à laquelle je raconterai comment vous la récompensez de ses fatigues, de ses succès. Une forte part en revient au gouvernement du Boi , qui ne néglige rien pour le triomphe 3e nos armes , pour le bien-être du soldat et pour la gloire de notre drapeau...
A son arrivée à Paris, le 29 novembre, le duc d'Isly fut immédiatement reçu par le Roi. Le souverain et son gouvenieiiient , il faut le dire , ne ménagèrent point les félicitations et les éloges au maréchal. C'était, sans doute , malgré les conseils du Gouvernement , que le maréchal avait engagé la bataille ; mais le succès était là, et le vainqueur d'Isly n'avait jamais manqué d'associer le Gouvenienieut aux hommages qu'il avait reçus sur son passage à Marseille et en Pérîgord, Il y eut dans la presse d'oj)posi*ion comme une trêve ; toute attaque, à cette heure, eu effet, eût été inopportune et fort maladroite. Le vieux sentiment chauvin, réveillé
par les combats et les victoires du Maroc, était trop chatouilleux pour que les républicains et les légitimistes osassent l'irriter en ce moment. — A la Chambre même , il y eut apaisement. Depuis le retour de Napo-