‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 273 sur 294 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

En ma qualité d'agent du gouvernement, et n'ayant aucune participation aux négociations diplomatiques, je pourrais parfaitement me dispenser de répondre aux interpellations de l'honorable préopinant. Mais ne voulant pas que mon silence puisse être mal interprété, je me décide à prendre la parole. Je le ferai avec cette franchise, avec cette sincérité que, dans d'autres temps, la Chambre a trouvée quelquefois excessive.

Eh bien, je l'avouerai, quand le traité a paru, il ne m'a pas complètement satisfait. (Mouvement.) Serait-il donc bien étonnant que le général d'une armée à qui la conquête d'Algérie a coûté tant de sacrifices, tant de sang, tant de dévouement, se soit placé à un autre point de vue que le Gouvernement pour juger le traité?

L'orateur explique sa pensée et avoue que, tout en se ralliant aux dispositions du traité qui n'a exigé aucune indemnité du Maroc, il regrette que des conditions relatives à Abdel-Kader n'aient pas été introduites, et poursuit ainsi :

Pour obtenir ce mieux que j'avais désiré, il y avait aussi des inconvénients. Il aurait fallu que l'armée de terre, après avoir goûté quelque repos dans la baie de Djemâa-Gazouet, où je l'avais ramenée pour la mettre en contact avec la mer et la ravitailler plus facilement, rentrât sur le territoire du Maroc ; que la flotte, pour obtenir l'exécution de ce que j'aurais demandé, restât six semaines ou deux mois peutêtre, dans la plus mauvaise saison de l'année, sur la côte 011 il aurait pu en résulter de graves inconvénients pour nos bâtiments, puisque, dans un temps beaucoup plus propice, nous avions déjà perdu un bâtiment de guerre d'une grande importance.

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Pour former cette petite armée de neuf mille cinq cent« hommes que nous avons réunie sur les frontières du Maroc, il avait fallu découvrir plusieurs points de l'Algérie. J'avais pris un bataillon par-ci, un bataillon par-là. Je les avais réunis rapidement & travers l'Algérie et je les avais portés à la frontière.

Quoique notre armée d'Afrique vous paraisse souvent beaucoup trop forte, surtout quand il s'agit de voter le budget (On rit), je vous déclare qu'elle est faible, comparativer ment à la surface du pays qu'elle a à dominer, à protéger.

L'honorable M. Thiers disait l'autre jour que l'Algérie avait denx cents lieues de côtes. Cela peut être, en ligne droite ; mais par les contours, par les difficultés, on peut calculer qu'il y a, des frontières de Tunis à celles du Maroc, denx cent cinquante lieues.

Vous occupez, dans ce moment-ci, tout le Tell oîi tout est soumis. Eh bien, l'armée est réellement faible pour remplir la tâche qu'elle a à accomplir ; et si elle y suffit, ce n'est qu'en multipliant ses fatigues. J'ai demandé à nos soldats en mobilité plus peut-être qu'on ne pouvait, plus que les forces humaines pussent accorder. C'est en répétant leurs marches à l'infini, c'est en leur imposant des privations presque continuelles, que je suis parvenu à suffire aux besoins de notre domination sur cet immense territoire. Si j'avais voulu occuper beaucoup de points sur la surface de l'Algérie, je n'y aurais jamais réussi avec l'armée actuelle. Il aurait fallu que M. le maréchal ministre de laguerre m'envoyât encore cent mille hommes. (Mouvement.) Ce n'estimas au reste par la multiplication des points fortifiés qu'on domine un pays, car ils ne commandent qu'à Ja portée des armes et ils paralysent une grande partie des forces. C'est par l'action des troupes mobiles que l'on commande ]mr-

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