‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 275 sur 294 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

On a blâmé trois expéditions faites l'année dernière. On a prétendu que ces expéditions avaient uniquement pour but de conquérir de la gloire, de faire des bulletins, et, passezmoi l'expression un peu triviale, de recueillir de la graine d'épinards ! (Hilarité générale.)

Eh bien! Messieurs, on s'est trompé : l'armée française ne fera jamais la guerre dans ses propres intérêts. Elle a trop de patriotisme pour cela. Elle la fera, quand il sera nécessaire de la faire, dans les intérêts du pays, et pas autrement. (Très bien, très bien.)

Et savez- vous pourquoi nous sommes allés jusqu'à Biskra et chez les Ouled-Nails qui sont à cent trente lieues des côtes? Pour nous ouvrir des routes commerciales à l'intérieur. Nous avons fait ce que font les Anglais, la guerre d'intérêt. Nous avons marché, l'épée dans une main et le mètre dans une autre. Depuis ces expéditions, il y a eu un progrès énorme dans le commerce de l'Algérie. Le mouvement du commerce d'Alger s'est élevé l'année dernière à quatre-vingts millions ; je n'ai pas pu suivre nos tissus dans leur marche, mais je ne serais pas étonné que plusieurs fussent allés jusqu'à Tombouctou. Telles sont les causes pour lesquelles nous n'avons pas voulu occuper tout le pays, mais nous avons voulu l'organiser ; nous y avons nommé des chefs qui font la police des routes en faveur de notre commerce, sous nos ordres, sous notre direction.

Si la Chambre me le permet... (Oui! ouil — Parlez! parlez!) je ferai une petite revue de la situation ; je ne parlerai pas de la guerre, on ne m'a rien laissé à dire sur ce sujet. (On rit.) Je me bornerai à dire que l'armée d'Afrique s'est toujours montrée digne de l'estime de la nation et que si dans cette guerre elle n'a pas versé autant de sang que sous l'Empire, en revanche, elle a répandu beaucoup plus de

sueurs^ car je ne crois pas qu'aucune armée se soit fatiguée autant que celle-ci.

Les résultats généraux^ Messieurs, vous les connaissez. Vous savez qu'Abdel-Kader a été successivement chassé de rédifice de granit qu'il avait créé. Cet édifice, nous Tavons démoli pièce à pièce. Nous avons soumis les tribus, une à une, par cette activité de jambes dont j'ai parlé. Nous Tavous rejeté dans l'intérieur du Maroc, ce qui ne veut pas dire qu'il ne reviendra pas. Je crois même pouvoir vous prévenir qu'il reviendra. (Rires et bruits.) Il ne reviendra pas dangereux, mais il reviendra tracassier, et voilà pourquoi il faut que nous restions toujours forts et vigilants! C'est là mon adage. Vous dominez tout le pays depuis la frontière de Tunis jusqu'au territoire du Maroc. Il ne reste qu'un petit pays de 80 lieues de longueur sur 30 de largeur, qu'on appelle vulgairement la Kabylie. Ce sont les montagnes de Bougie à Djidjilly, pays très difficile, montagnes très âpres, peuplées par des hommes très vigoureux, énergiques, excellents fantassins. Il n'est pas du tout impossible de les soumettre; l'armée d'Afrique ne connaît pas beaucoup d'impossibilités dans ce genre. Toutefois, ce n'est pas urgent, mais c'est une chose qui doit être faite tôt ou tard ; comme le disait l'honorable M. Thiers, l'occupation restreinte est une tâche impossible. Il est plus facile de prendre le tout qoe la partie. On ne peut pas faire la conquête à demi. Souffririez-vous qu'un conquérant vînt s'établir sur la Méditerranée, prendre Marseille, le département des Bouches-da- Bhône et vous dît : Je suis modéré, je ne veax pas aller pins loin, je me renferme dans un département et je vous laisse les quatre-vingt-cinq autres, vous devez vous estimer parfaitement heureux? Mais comme il vous aurait laissé quatrevingt-cinq départements, comme il vous serait loisible de

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