‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 276 sur 294 · CHAPITRE XV. 577 J · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. 577 J

lever 2 à 300,000 hommes et de réunir 300 bouches à feu, ^ vous iriez, un jour, le jeter dans la mer. Il est donc plus sûr de prendre toute l'Algérie que d'en prendre une partie. L'occupation restreinte, loin d'être un système pacifique, comme le croient ses partisans, nous exposerait à une guerre perpétuelle, car on laisserait à l'ennemi l'impôt et le recrutement à l'aide desquels il pourrait toujours nous attaquer sur notre ligne défensive. Voilà pourquoi la force des choses, et la force des choses. Messieurs, est bien puissante, nous a forcés, malgré nous, peut-être même en dehors de nos idées et de nos théories qui étaient fausses, à prendre tout le pays.

Nous serons donc contraints de prendrela Kabylie, non pas que les populations soient inquiétantes, envahisseuses, hostiles, non, elles défendent vigoureusement leur indépendance quand on va chez elles, mais elles n'attaquent pas. (Mouvements divers.) Mais c'est un refuge pour nos ennemis; puis, ce spectacle de l'indépendance fatigue les tribus soumises qui payent l'impôt et voient auprès d'elles des voisins qui ne le payent pas. Nous serons donc obligés de prendre la Kabylie uu jour ou l'autre (1) ; mais nous pourrons choisir notre temps, et d'ailleurs pour occuper ce pays-là, il faudrait une légère augmentation d'infanterie. Je suis bien aise de le dire à M. le ministre de la Guerre. (Rires.)

Voilà, Messieurs, où vous en êtes à l'égard de la domination. Vous avez non seulement soumis tout le pays, mais

(1) La conquête de la Kabylie, commencée par le maréchal Bugeaud en 1844, fut reprise en 1849 et 1851 par le général de Saint-Arnaud, et interrompue par son rappel en France. Continuée en 1852 par le général Bosquet, en 1853 par le général Randon, elle devint définitive en 1857 sous le gouvernement du maréchal Bandon. La soumission des Beni-Ivaren et la construction du fort Napoléon, sur le plateau de Souk-el-Arba dominant le pays jusqu'au Djurjura, l'ouverture de magnifiques routes militaires, achevèrent Toeuvre entreprise par le maréchal Bugeaud.

Yoas avez organisé le gouvernement des Arabes ; vons Tavez organisé d'une manière simple ; c'est la même organisation qu'avait adoptée Abdel-Kader, et comme c'est un haame de génie, nous n'avons pas cru pouvoir mieux faire que de suivre son exemple. Nous avons changé les hommes, nous avons laissé les chbses. Cette organisation est peu coûteuse ; il n'y a que des troupes indigènes qui pèsent sur le budget. Le gouvernement en lui-même, les administrateurs coûtent peu ; et cependant tout s'exécute parfaitement ; nos ordres sont obéis, l'impôt rentre avec facilité ; il s'élèvera environ à cinq millions pour 1844, et cet impôt arabe ne porte pas encore sur toutes les populations, car il a fallu en exempter celles qui avaient trop souffert de la guerre. Cet impôt augmentera à mesure qu'augmentera la richesse par le contact des populations avec nous.

Le gouvernement arabe est donc parfaitement organisé. Cela était très important, car c'est de cette organisation que peut venir la sécurité. Nous sommes placés de manière à faire repentir les Arabes de toute insurrection ; mais il faut leur faire sentir le moins possible l'usage de la force. C'est par un gouvernement foi-t et paternel à la fois que nous obtiendrons la soumission des Arabes, non pas une soumission universelle. U y aura encore quelques insurrections, mais elles seront rares ; c'est ainsi que la civilisation européenne se propagera plus facilement.

Le progrès de la colonisation européenne a été st sible. En 1841, le chiffre était d'environ vingt-sept mille âmes, il est aujourd'hui de soixante-quinze mille âmes. La pop, «tion en a donc triplé en deux ans ; car ce n'est guère qup depuis deux ans qu'il y a de la sécurité. Il y a donc progrès, j^rogrès sensible. Et cependant, qu'il me soit permis de le faire observer, ce progrès s'est opéré, mr la côte, sous le gouverne-

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