‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 277 sur 294 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

ment d'un militaire qui est au sommet de l'administration civile ; dans ^intérieur, sous le gouvernement militaire pur. Cela prouve que les populations ne craignent pas autant qu'on veut bien le dire le régime du sabre, et que les choses qui les préoccupent le plus, ce ne sont pas les garanties civiles, les libertés municipales, mais bien la sécurité. La certitude de conserver sa tête, celles de sa femme et de ses enfants, les récoltes qu'on a semées, passent avant les théories libérales. Dans un pays qui se crée , dans un pays où tout commence, il faut à l'administration de l'autorité, et c'est précisément parce qu'elle a de l'autorité, qu'elle en a beaucoup, qu'elle a besoin d'en user très rarement.

Je pourrais comparer les habitants qui vivent sous le régime civil de la côte à des enfants mal élevés, et ceux qui sont dans l'intérieur sous le régime militaire à des enfants bien élevés. (On rit.) Les premiers criejit, pleurent, se fâchent pour la moindre contrariété. (Nouvelle hilarité.) Les seconds obéissent sans mot dire.

Dans les villes de l'intérieur qui sont administrées militairement, il n'y a jamais de procès. La plus grande propreté règne dans les villes ; la plus grande exactitude existe dans la^police, et cette administration ne coûte rien, car nous la faisons faire par des officiers qui, ayant leur solde dans leurs régiments, ne coûtent rien à l'État pour leurs fonctions ac ministratives.

Il s rait donc, à mon avis, peu sensé de s'empreftser de porter ane administration civile très coûteuse dans un pays où Voj administre très bien et sans frais (1). Si l'on commet-

(1) Voir au tome III l'exposition des arguments en feveur du régime militaire et les résultats qu'il a produits mis en parallèle avec les inconvénients, les fautes, les dangers, les folies, la confusion et le désordre résultant de rétablissement prématuré du régime civil en Afrique. Il faut consulter à ce sujet

tait cette faute, il faudrait alors doubler, tripler, quadrupler peut-être le budget de l'Algérie. Je ne dis pas qu'à une époque qui ne peut être prévue, il ne faudra pas y porter l'administration civile. Quand il y aura d'immenses intérêts, un immense commerce, une immense industrie, il est possible que l'administration militaire, quoiqu'elle ne soit pas dépourvue de bon sens, je vous prie de le croire, ne suffise pas. U est possible qu'il faille alors y établir une administration plus profondément éclairée dans les lois, que nous ne le sommes, car nous n'agissons que d'après le bon sens naturel. (Od rit.) Mais le moment n'en est certainement pas arrivé et, certes, ce ne serait pas le moyen de nous donner de la force. L'organisation civile n'est pas propre à nous en donner contre le p'^uple arabe.

Savez-vous, Messieurs, ce qu'est le peuple arabe? Je crois qu'il est bon de le dire. Le peuple arabe n'est pas nombreux quant à l'espace qu'il occupe ; mais il est nombreux quant aux Français qui habitent l'Algérie.

Nous n'en avons pas fait la statistique exacte ; ce n'était pas aisé, ce n'est pas aisé, même en France. Mais, d'après nos aperçus, nous croyons qu'il y a sous notre domination environ quatre millions d'Arabes (1). Or, les Arabes sont tous guerriers. Il n'en est pas un qui ne ^che parfaitement monter à cheval; tous ont un cheval et un fusil ; tous font la guerre, depuis le vieillard de quatre-vingts ans jusqu'à

entre autres documents, Tétude très impartiale du duc de Broglie : Unt réformt tuiminiêtrative en Algérie (1860).

Ayant été à même, comme préfet, d'apprécier le fonctionnement des conseils généraux et municipaux du département d'Alger, il nous a été permis malheo» reusement de constater en quelles mains ineptes et trop souvent indignes ont été confiés, depuis quelques années, les intérêts les plus graves de notre colonie.

(1) D'après le dernier recensement officiel de 1876, la population de TAlgérie s'élève au chiffre de 2,867,626 habitants ainsi décomposés : indigènes mosnlmans : 2,487,941 ; Israélites naturalisés : 83,506 ; étrangers naturalisés : 4,020 ; Français : 194,772 ; étrangers : 158,387.

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