CHAPITRE XV
l'enfant de quinze ans, et cette population de quatre millions d'âmes ne compte pas moins de cinq à six cent mille guerriers, tous très habiles, pris individuellement.
Messieurs, est-ce en présence d'un tel peuple qu'il faut être faible? Croyez-vous qu'il ne faille pas constituer votre population d'une manière forte ? Ce sont ces considérations qui m'ont conduit à demander d'établir, en même temps que la colonisation civile sur la côte, la colonisation militaire dans l'intérieur.
Il faut que nos colons ne laissent jamais rouiller leur fusil, qu'ils soient toujours prêts à le saisir et qu'ils aient une discipline, car la discipline seule donne de la puissance . aux masses. Nous ne les soumettrons pas à tontes les règles de la caserne; nous ne leur demanderons que ce qui sera compatible avec les nécessités de Fagriculture ; mais quand le danger paraîtra, ils doivent obéir à leurs nouveaux chefs, comme ils obéissaient autrefois à leurs colonels.
Quand une colonne de troupes régulières passera dans leur voisinage et aura besoin de renfort, ils devront s'unir à elle pour combattre l'ennemi commun.
Et croit-on qu'ils ne i)ourront pas progresser avec une semblable organisation? Ce serait une grave erreur; et si la Chambre me le permet, j'essaierai de démontrer qu'ils feront progresser plus vite votre colonie que la colonisation civile. (Parlez, parlez.) En voici les raisons :
Que pouvez-vous demander à la population administrée civilement et jouissant de tous les droits civils et municipaux? Rien. Vous ne lui avez pas même demandé les prestations en nature qui sont portées dans votre loi sur les chemins vicinaux. C'est que cette colonie se compose de particuliers libres ; ce n'est pas une corporation ; ce ne sont que des individualités.
582 LE MABÉCHAL BUGEAUD.
Les colons militaires, soumis à la discipline réduite dans de certaines proportions, exécuteront dans leurs moments perdus, — et il 7 en a beaucoup dans Tagriculture de l'Algérie, — tous les grands travaux d'utilité publique. Dans les mois de juillet, août, septembre, octobre, par exemple, il est impossible de cultiver la terre, elle est trop dure. Il faut se croiser les bras. Eh bien, ces bras des colons militaires, on les prendra. Les chefs leur diront : € Allons, mes amis, il 7 a là un ruisseau à barrer avec lequel vous pourrez irriguer deux cents hectares de votre terrain. Allons le faire! }> — Ou bien : < Il 7 a une route indispensable pour communiquer avec telle ville, avec tel centre de population. Allons la créer! ]> Vous ne pouvez demander rien de pareil à la colonisation civile : elle est libre, indépendante ; vous pouvez lui appliquer votre loi sur les chemins vicinaux, mais voilà tout. Par la colonisation militaire, nous emploierons tous nos moments perdus pour l'agriculture ordinaire, à exécuter des travaux d'utilité générale. Voilà la base de la prospérité de votre colonie !
J'insiste donc beaucoup sur cette idée de la colonisation militaire. Elle me parait fondamentale. Vous avez assuré votre domination. La colonisation civile est bien commencée ; il s'agit maintenant d'assurer l'avenir. Cet avenir est tout entier dans la colonisation militaire ou dans une armée permanente nombreuse que je voudrais porter à cent mille hommes. Cette idée n'est pas nouvelle.
Il 7 a dans cette Chambre plusieurs membres qui se rappellent qu'en 1838 j'ai dit, et Dieu sait quelles exclamations j'ai provoquées! qu'il fallait en Algérie quatre-vingt à cent mille hommes judicieusement emplo7és. Je n'en ai jamais eu autant. Mais avec cent mille hommes judicieusement emplo7és, je le répète, vous marchez plus vite vers le but que