CHAPITRE XV
dissimule pas non plus. Mais je demande si nous avons ùÀt quelque chose de facile en Afrique? La soumission des Arabes était-elle facile? Elle Tétait si peu que beaucoup de gens qui j avaient travaillé la croyaient impossible. Et la preuve^ c'est qu'on voulait s'enfermer dans un fossé, rester sur la côte-et s'isoler d'un ennemi qu'on regardait comme insaisissable. L'armée, par son dévouement persévérant, a triomphé de tous ces obstacles. Une entreprise que je jugeais moimême fâcheuse et lourde pour notre politique en Europe est aujourd'hui dans un état qui o£fre les plus brillantes espérances. H ne s'agit plus que de consolider l'avenir, et, dans mon opiniou, c'est la colonisation militaire qui atteindra ce but. (Très bien! très bien.)
Une agitation prolongée succéda à ce discours.
On comprend aisément le retentissement que produisit cet exposé de principes. Les adversaires du maréchal, à la Chambre et dans la presse, se trouvant en présence du triomphateur, désarmèrent pendant quelque temps. — Mais cette trêve fut de courte durée. — Le silence d'ailleurs leur était à ce moment imposé par l'opinion publique et la juste popularité dont jouissait alors le conquérant de l'Algérie.
La ville capricieuse et légère par excellence, Paris, le fêta avec transport. Il devint le héros du jour, et chacun voulait le voir de près avant son départ pour l'Afrique. C'est alors que fut organisé en son honneur le célèbre banquet du commerce de Paris.
Ce fut le 18 mars 1845 qu'eut lieu, au palais de la Bourse, le banquet offert par les négociants de Paris au maréchal Bugeaud, vainqueur d'Isly, et aux princes
de la famille royale. Cette fête imposante prit les proportions d'un événement en France et en Algérie.
Cette manifestation pleine d'entraînement, disait le Globej a fait sentir à ceux qui y assistèrent combien sont misérables nos petites querelles de parti. L'armée et la marine représentées par un illustre maréchal et par le vainqueur de Tanger et de Mogador ; notre dynastie si puissante par l'amour du pays, pour ainsi dire vivante dans la personne des quatre fils du Boi ; le commerce de la capitale représenté par plus de quatre cent cinquante de ses membres éminents, toutes les forces vives enfiu de la nation étaient réunies dans cette magnifique salle et se donnaient pour ainsi dire la main.
Quinze tables furent dressées. Le maréchal Bugeaud était placé au centre de la table d'honneur. « A sa droite se trouvaient M^ le duc de Nemours et ses frères, M*' le prince de Joinville, M^ le duc d'Aumale, M^ le duc de Montpensier. A gauche du maréchal, forent placés M. Gouin, ancien ministre, président du banquet, le ministre du commerce, le gouverneur de la Banque, les préfets de la Seine et de police et à leur suite les autres invités. » De nombreux toasts furent portés au Roi, aux princes, à l'armée, au commerce de Paris. Après un discours chaleureux du duc de Nemours , répondant au toast porté au Roi , le maréchal répondit en ces termes aux toasts adressés par M. Odiot et M. Blanqui à lui et aux armées de terre.